Nvidia : deux clients pèsent 39 % des ventes, le risque grandit
La dépendance à quelques comptes stratégiques rappelle que la gouvernance et la succession sont aussi des enjeux financiers.
Lire l'article →4 000 milliards de dollars de capitalisation reposent sur une question : qui succédera à Tim Cook si, comme l’avance le Financial Times, il quitte la direction d’Apple dès 2026 ? Selon les sources citées par le quotidien britannique et reprises par The Verge, le conseil d’administration a commencé à tester plusieurs scénarios et considère le patron du hardware John Ternus comme favori. Le timing n’a rien d’anodin : le départ du COO Jeff Williams, l’offensive de l’Union européenne via le DMA et la montée des tensions commerciales avec la Chine imposent un pilotage serré que Wall Street surveille semaine après semaine.
Tim Cook, 65 ans, incarne depuis 14 ans la bascule d’Apple vers les services, les appareils portables et une supply chain mondialisée. Son éventuel retrait intervient alors que la firme doit relancer la croissance de l’iPhone, prouver l’utilité de l’Apple Vision Pro et financer des projets IA ambitieux tout en rappelant ses centaines de milliards de liquidités à l’étranger. Autrement dit : la succession n’est pas qu’un sujet de gouvernance, c’est un test de résilience pour la marque que dépendent des centaines de sous-traitants en Asie, d’opérateurs télécoms en Europe et de régulateurs financiers aux États-Unis.
Les sources du Financial Times évoquent trois axes : préparer John Ternus à la scène publique, redistribuer certaines responsabilités d’Eddy Cue et Craig Federighi, et cartographier les scénarios géopolitiques qui pourraient perturber l’approvisionnement. John Ternus, qui supervise les Mac, l’iPad et l’Apple Vision Pro, est apprécié pour sa capacité à travailler avec les équipes d’ingénierie matérielle et logicielle, mais il n’a jamais été exposé comme un CEO potentiel. D’où la multiplication de ses interventions lors des récents keynotes et salons asiatiques. Dans le même temps, Apple renforce sa cellule de risk management pour suivre l’élection américaine de 2026 et les normes européennes sur les batteries, deux dossiers qui pourraient conditionner la première année d’un éventuel successeur.
Ces mouvements internes montrent que la succession se joue moins sur la personnalité que sur la continuité opérationnelle. Les fonds activistes n’attendent pas un « nouveau Steve Jobs », mais un pilote capable d’orchestrer services, hardware et IA tout en parlant le langage des régulateurs. Cela n'empêche pas la spéculation autour d’un duo : certains investisseurs imaginent déjà un tandem Ternus/Federighi pour reproduire le binôme Cook/Ive des années 2010.
L’annonce a fait vibrer les marchés dès sa publication : l’action Apple a brièvement cédé 2 % avant de remonter lorsque Bloomberg a détaillé la réorganisation des divisions santé et services. Les gérants d’actifs savent que la valeur de l’entreprise repose sur la confiance dans sa feuille de route produits, mais aussi sur des flux de dividendes réguliers. Une succession mal anticipée pourrait rouvrir la question du capital allocation : faut-il continuer les rachats d’actions massifs ou accélérer les investissements dans les datacenters IA ?
Les marchés européens et asiatiques sont également concernés. Apple pèse près de 10 % du MSCI World et influence les indices sectoriels des semi-conducteurs, des télécoms et du luxe (via ses partenariats retail). Les fournisseurs taïwanais comme TSMC ou Pegatron, ainsi que les assembleurs indiens de Tata, calibrent leurs plans d’investissement sur les projections d’Apple. Une succession mal gérée pourrait donc ralentir la création d’emplois dans ces régions et compliquer les négociations commerciales, notamment sur l’accès aux subventions américaines du CHIPS Act.
Les gagnants potentiels d’une transition ordonnée sont les investisseurs long terme : ils pourraient bénéficier d’un discours plus détaillé sur la stratégie IA et sur l’empreinte environnementale, deux domaines que Tim Cook a souvent abordés de manière institutionnelle. Un nouveau CEO issu du hardware pourrait s’avérer plus direct dans ses engagements produits, ce qui aiderait les régulateurs européens à vérifier la conformité DMA et les opérateurs asiatiques à planifier la logistique.
Les risques majeurs restent la volatilité boursière et la fuite de talents. Les managers qui ont construit l’ère Services (Deirdre O’Brien, Lisa Jackson, etc.) pourraient être courtisés par d’autres géants si la gouvernance tarde à se stabiliser. La rivalité avec Microsoft et Google dans l’IA générative exige une feuille de route publique crédible : une transition confuse donnerait un avantage à Redmond, déjà perçu comme plus agressif sur le terrain des copilotes.
Enfin, la situation met sous pression la stratégie internationale d’Apple. Un successeur devra rassurer Pékin tout en poursuivant la diversification des usines, expliquer à Bruxelles que l’écosystème reste ouvert malgré les changements internes, et convaincre Washington que l’entreprise investit massivement dans l’industrie américaine. L’équilibre entre croissance, souveraineté et innovation sera plus difficile que jamais à maintenir.
Que Tim Cook parte en 2026 ou prolonge encore son mandat, la machine à succession est lancée. Les signaux envoyés au marché – promotion de John Ternus, redistribution des portefeuilles, investissements dans les data centers – servent autant à préparer les équipes internes qu’à rassurer des investisseurs mondiaux. Apple a bâti sa puissance sur l’anticipation. La façon dont elle gérera ce passage de témoin dira si la marque peut continuer à dicter le tempo de la tech mondiale à l’heure où IA, régulations et chaînes d’approvisionnement sont plus imbriquées que jamais.
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