BlackRock BUIDL devient collatéral chez Binance et accélère la tokenisation
L’essor des dépôts tokenisés gagne aussi les places de marché crypto et les géants de la gestion d’actifs.
Lire l'article →Alibaba.com, la plateforme B2B qui relie 190 pays, vient d’annoncer sa collaboration avec JPMorgan pour émettre des dépôts tokenisés en dollars et en euros destinés aux paiements transfrontaliers. Selon les informations de CNBC citées par CoinDesk, l’objectif est d’éliminer une partie des intermédiaires bancaires en s’appuyant sur JPMD, l’infrastructure blockchain institutionnelle de la banque américaine. Pour Alibaba, cela signifie des règlements quasi instantanés pour les millions de PME exportatrices qui utilisent sa marketplace. Pour JPMorgan, c’est l’opportunité de démontrer que sa technologie peut cohabiter avec les régulations chinoises, européennes et américaines sans déclencher d’alerte géopolitique.
Contrairement aux stablecoins émis par des fintechs non bancaires, les dépôts tokenisés reposent sur un actif traditionnel conservé sur le bilan de JPMorgan. Alibaba commencera par les dollars et les euros, les deux devises qui pèsent le plus dans ses 320 milliards de dollars de volume brut de marchandises. L’entreprise n’exclut pas de tester des stablecoins plus tard, mais préfère pour l’heure une solution qui rassure les autorités de supervision européennes (EBA) et chinoises (PBoC) en matière de lutte anti-blanchiment et de traçabilité.
JPMD (JPMorgan Distributed Ledger Deposits) permet à des clients institutionnels de créer des représentations numériques de leurs dépôts en banque. Ces « jetons » circulent sur une blockchain permissionnée opérée par JPMorgan, ce qui garantit la rapidité des règlements tout en conservant les garde-fous réglementaires d’un établissement bancaire. Pour Alibaba, l’intérêt est triple : réduire les délais de paiement pour les usines chinoises qui doivent encaisser des devises étrangères, limiter les coûts liés aux lettres de crédit et offrir aux acheteurs occidentaux une trace numérique incontestable.
JPMorgan expérimente déjà JPMD avec Siemens, FedEx ou DBS Bank. L’arrivée d’Alibaba ajoute une dimension géographique inédite, car l’alliance implique de connecter des juridictions parfois antagonistes. Elle anticipe aussi la montée des « project Guardian » de Singapour ou « Dunbar » de la Banque des règlements internationaux, qui visent à interconnecter des monnaies digitales de banque centrale (MNBC) via des réseaux hybrides public/privé.
Alibaba sert plus de 40 millions d’acheteurs professionnels et 200 000 fournisseurs certifiés. Chaque jour, des millions de paiements sont arrêtés dans des banques intermédiaires à cause de contrôles manuels. En misant sur les dépôts tokenisés, le géant chinois espère réduire ces délais de 70 %, ce qui se traduit par des gains de trésorerie considérables pour les usines d’Asie, d’Europe de l’Est ou d’Amérique latine. La solution devra toutefois composer avec les restrictions américaines sur l’export de technologies sensibles vers la Chine et avec les règles européennes sur la protection des données commerciales.
Le calendrier est révélateur : l’annonce intervient deux semaines après que Pékin a encouragé ses champions du numérique à renforcer les paiements multidevises pour soutenir les exportations. Elle coïncide aussi avec les ambitions d’Alibaba de proposer des abonnements IA aux vendeurs internationaux. Les dépôts tokenisés pourraient servir de rails financiers à ces nouveaux services, par exemple pour facturer un copilote logistique qui analyse les devises et déclenche automatiquement la couverture de change.
Pour Alibaba, l’opération renforce sa crédibilité auprès des PME occidentales qui exigeaient des garanties bancaires solides. Elle diversifie aussi ses partenaires financiers alors que les relations avec Ant Group restent surveillées par Pékin. JPMorgan, de son côté, obtient un cas d’usage concret pour prouver que ses innovations blockchain peuvent s’imposer face aux offres de Citi, HSBC ou des banques chinoises d’État.
Les risques demeurent élevés. Les États-Unis pourraient durcir les restrictions sur les collaborations techno-financières avec les groupes chinois, obligeant JPMorgan à limiter certaines fonctionnalités. En Europe, l’arrivée du règlement MiCA et les exigences de traçabilité pourraient imposer une supervision supplémentaire des dépôts tokenisés, rallongeant les délais que la solution cherchait justement à réduire. Sans parler de la perception politique : certains élus américains pourraient voir d’un mauvais œil la plus grande banque du pays aider Alibaba à se financer plus facilement.
Enfin, le projet n’aborde pas la question énergétique : même permissionnée, la blockchain requiert des ressources informatiques et pose la question de la résilience face aux cyberattaques. Alibaba et JPMorgan devront convaincre qu’ils appliquent les standards de sécurité zéro trust et qu’ils peuvent suspendre des jetons en cas de sanctions internationales. En résumé, l’initiative ouvre un précédent enthousiasmant, mais il devra survivre à l’épreuve des régulateurs et des tensions politiques.
Avec Alibaba et JPMorgan, la tokenisation des dépôts franchit un cap : elle passe du pilote fermé à un cas d’usage qui touche des millions d’entreprises sur plusieurs continents. Reste désormais à vérifier si les volumes suivent, si les autorités autorisent une montée en charge rapide et si les concurrents réagissent. Quoi qu’il arrive, cette alliance illustre la convergence entre Big Tech chinois et banques américaines sur un terrain où l’Europe essaie encore de définir ses règles. Les prochains mois diront si ce mariage de raison accélère le commerce mondial ou s’il se heurte aux limites de la realpolitik.
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