1,60 milliard de dollars de recettes en trois mois : jamais AMC n’avait encaissé autant en 106 ans. Le premier exploitant de salles américain a annoncé le 20 juillet un deuxième trimestre 2026 record, porté par une série de blockbusters et par le retour du public dans ses multiplexes américains et européens. Son bénéfice ajusté par action atteint 14 cents, là où le consensus LSEG cité par Reuters attendait encore une perte de 6 cents. À Wall Street, l’action a bondi de 18 % dans la matinée.
Mais le spectaculaire retour des fauteuils rouges ne raconte que la moitié du film. AMC a accueilli plus de 71 millions de spectateurs dans le monde, soit 13,5 % de plus qu’un an auparavant, tout en restant 26,5 % sous sa fréquentation du deuxième trimestre 2019. L’entreprise produit donc davantage de revenus et de marge avec beaucoup moins d’entrées, grâce aux tarifs, aux formats premium, aux concessions et à un parc resserré. C’est une prouesse opérationnelle, mais aussi une question de fond pour le cinéma : le rebond peut-il durer si chaque spectateur doit rapporter toujours plus ?
Six blockbusters rallument la machine des salles
Entre avril et juin, six films ont dépassé 75 millions de dollars lors de leur premier week-end nord-américain. Le box-office domestique a atteint 2,99 milliards de dollars sur le trimestre, son meilleur niveau en sept ans et, selon le directeur général Adam Aron, le cinquième meilleur trimestre des cinquante dernières années. AMC a fait mieux que cette marée montante : ses recettes de billetterie américaines ont progressé de 11,4 %, contre 10,7 % pour le marché, tandis que sa fréquentation européenne a gagné 17,9 %.
La mécanique est puissante parce qu’une salle supporte beaucoup de coûts fixes. Quand davantage de billets sont vendus, les recettes supplémentaires des boissons, du pop-corn et des produits dérivés peuvent grossir plus vite que les dépenses. Le chiffre d’affaires a augmenté de 14,2 % sur un an, à environ 1,60 milliard de dollars. L’EBITDA ajusté — un indicateur de performance opérationnelle avant intérêts, impôts et amortissements — a bondi de 70 %, à 321,4 millions. Sa marge est passée de 13,6 % à 20,1 %.
Le calendrier a joué le rôle principal, avec notamment The Super Mario Galaxy Movie et Obsession. Puis The Odyssey a généré 124 millions de dollars au box-office domestique lors de son démarrage, juste après la clôture du trimestre. AMC mise désormais sur Spider-Man: Brand New Day fin juillet, puis Dune: Part Three et Avengers: Doomsday en décembre. Les grands studios maintiennent en parallèle des fenêtres d’exclusivité en salle pour leurs titres majeurs, un rempart essentiel face au streaming.
Chronologie express
Le parc est resserré
AMC ferme 225 sites, en ouvre 66 et renforce ses formats premium.
Le trimestre bat un record
Six sorties dépassent 75 M$ au démarrage et AMC accueille plus de 71 millions de visiteurs.
La solidité sera testée
Le groupe doit convertir les prochaines sorties en cash durable et poursuivre son désendettement.
Moins de spectateurs, mais chaque fauteuil rapporte plus
Le record ne vient pas d’un retour pur et simple au monde d’avant. Face au deuxième trimestre 2019, le box-office nord-américain reste inférieur de 7,5 % et la fréquentation d’AMC accuse un retard de 26 millions de personnes. Pourtant, l’entreprise dégage 6 % de chiffre d’affaires supplémentaire et 39,5 % d’EBITDA ajusté en plus. Elle exploite aussi environ 16 % de cinémas en moins après avoir fermé 225 sites et en avoir ouvert 66 depuis 2020.
AMC a remplacé une partie du volume perdu par une montée en gamme. Depuis 2020, le groupe a ajouté 77 salles grand format premium et 193 salles XL, augmentant de plus de 50 % son offre améliorée. Au deuxième trimestre, le revenu par spectateur pour la nourriture, les boissons et l’ensemble des dépenses a atteint un sommet dans ses activités américaines comme internationales. Le programme AMC Stubs représente désormais plus de la moitié des visiteurs américains; 1,1 million d’abonnés A-List ont, à eux seuls, généré environ 20 % de la fréquentation du pays.
Ce modèle favorise les spectateurs réguliers et les films-événements capables de justifier écran géant, son premium et réservation anticipée. Il rend cependant l’industrie plus dépendante d’un petit nombre de sorties mondiales. Une succession de reports, une grève ou une année moins dense peut laisser des infrastructures coûteuses sans produit suffisamment puissant pour remplir les salles. Le trimestre record prouve l’efficacité du levier; il n’abolit pas sa volatilité.
La dette recule, sans disparaître du scénario
Le rebond a enfin produit du cash : 190,1 millions de dollars de flux de trésorerie disponible sur le trimestre, et 778 millions de liquidités hors fonds restreints à fin juin. AMC affirme avoir réduit sa dette de 1,7 milliard depuis fin 2020. Le groupe a refinancé 400 millions de dette arrivant à échéance en 2027, converti 155,8 millions de dette échangeable en actions et prévoit de rembourser 125,5 millions d’obligations subordonnées le 24 juillet. Aucune échéance significative n’est attendue avant 2029.
Cette respiration a un prix pour les actionnaires. Les conversions et émissions de titres réduisent la part économique détenue par chaque action existante. AMC a levé plus de 85 millions de dollars au deuxième trimestre via un programme de vente d’actions, puis 200 millions supplémentaires auprès d’investisseurs institutionnels. L’amélioration du bilan diminue le risque financier immédiat, mais la dilution rappelle que le groupe paie encore l’héritage de la pandémie et de son statut de valeur vedette des investisseurs particuliers.
La direction estime que ses opérations de dette réduiront les intérêts annuels d’environ 16 millions de dollars, auxquels pourrait s’ajouter une baisse d’environ 51 millions grâce à de meilleurs ratios d’endettement sur près de 75 % des emprunts. Ce sont des économies concrètes, mais fondées en partie sur des mesures ajustées et des hypothèses de taux stables. Le bénéfice net comptable reste donc aussi important que l’EBITDA mis en avant par la direction.
Le prochain acte se jouera après les blockbusters
À court terme, AMC bénéficie d’une programmation favorable et d’un marché qui redécouvre la valeur de l’exclusivité. Le scénario positif est celui d’un cercle vertueux : davantage de films forts, plus d’abonnés fidèles, des salles premium mieux remplies et du cash utilisé pour réduire la dette plutôt que pour colmater des pertes. Les studios y gagnent une vitrine mondiale; les centres commerciaux récupèrent du trafic; les spectateurs conservent un lieu collectif que le streaming ne reproduit pas.
Le scénario plus sombre commence en 2027 si l’offre de films faiblit, comme le redoute Ross Benes d’eMarketer cité par Reuters. Les prix et les concessions ne peuvent pas monter indéfiniment sans exclure une partie du public. Une activité reposant davantage sur la dépense par visite que sur le nombre de visiteurs devient vulnérable au pouvoir d’achat. Le vrai test ne sera donc pas un nouveau week-end record, mais la capacité à maintenir des flux de trésorerie positifs pendant un trimestre ordinaire.
Le record d’AMC démontre que la salle n’est pas condamnée; il montre surtout qu’elle s’est transformée en expérience premium plus concentrée. Le second semestre dira si The Odyssey, Spider-Man, Dune et Avengers peuvent prolonger l’élan. À moyen terme, la réponse dépendra de la diversité du calendrier, de prix accessibles et d’un désendettement sans dilution permanente. Le cinéma a retrouvé sa foule; reste à savoir s’il peut retrouver une stabilité qui ne repose pas sur quelques superproductions.
Sources
- AMC Entertainment — résultats et conférence du deuxième trimestre 2026, 20 juillet 2026
- SEC — dossier 8-K d’AMC Entertainment, 20 juillet 2026
- Reuters — bénéfice surprise et recettes record d’AMC, 20 juillet 2026
- Zacks — comparaison des résultats d’AMC au consensus, 20 juillet 2026
- MarketBeat — données et retranscription de la conférence AMC, 20 juillet 2026





