Aller au contenu
Logo WaYouKiss
Retour au blog
Sport4 août 20269 min de lecture

FIFA-UEFA : la guerre du Mondial à 20 Md$

L’UEFA menace la FIFA de poursuites après l’abandon d’un projet à 20 milliards de dollars. La présidence d’Infantino vacille désormais.

Deux groupes de dirigeants du football s’affrontent autour d’un trophée et d’un dossier financier
20 Md$valorisation FFE
4,2 Md$capital recherché
55fédérations UEFA

À retenir

  • Le projet FFE valorisait une filiale commerciale de la FIFA à 20 milliards de dollars.
  • La levée prévue atteignait 4,2 milliards de dollars auprès d’investisseurs privés.
  • Les 55 associations de l’UEFA avaient envisagé un boycott tant que le projet restait actif.
  • La lettre juridique demande à 18 dirigeants de conserver les documents liés à FFE.

Vingt milliards de dollars et une semaine ont suffi pour faire vaciller le sommet du football mondial. Lundi 3 août, l’Associated Press a révélé que les avocats de l’UEFA envisageaient des actions en justice, un arbitrage ou des plaintes réglementaires contre la FIFA après l’abandon de FIFA Forward Enterprise, ou FFE. Le montage voulu par Gianni Infantino devait regrouper les opérations commerciales et les tournois, dont la Coupe du monde, dans une société valorisée 20 milliards de dollars et ouverte à des capitaux privés.

Le projet n’existe plus sur le papier : Infantino l’a retiré samedi 1er août. Mais le conflit ne s’est pas éteint. La lettre de l’UEFA demande à 18 cadres, parmi lesquels le président de la FIFA, son directeur financier et Arsène Wenger, de conserver données, documents et messages. Cette injonction ne prouve aucune faute et aucune procédure n’a encore tranché la légalité du projet. Elle indique toutefois que la crise est passée d’une querelle politique à une phase précontentieuse, à sept mois de l’élection présidentielle de la FIFA.

01

Un chèque immédiat contre les revenus du futur

Selon le projet décrit par la FIFA et rapporté par Reuters, FFE devait lever jusqu’à 4,2 milliards de dollars auprès d’investisseurs de long terme, dont la firme new-yorkaise de Joshua Kushner. Ceux-ci auraient acquis une participation minoritaire et non contrôlante. En contrepartie, la nouvelle entité aurait piloté les activités commerciales et les compétitions lucratives de la FIFA au moins jusqu’en 2038. Le Monde estime que la part ouverte représentait environ 20 % du capital.

Pour convaincre ses 211 associations membres, la FIFA promettait un paiement unique de 20 millions de dollars à chacune, puis plus du double des fonds de développement sur la période. Le calcul était séduisant pour les petites fédérations : recevoir maintenant une somme capable de financer terrains, centres techniques et football féminin. Ses opposants y voyaient l’inverse : céder une part durable de revenus collectifs contre une avance ponctuelle, sans consultation suffisante.

La tension est d’autant plus forte que la Coupe du monde 2026 a rempli les caisses. Le Monde rapporte environ 15 milliards de dollars de revenus sur le cycle 2023-2026. Pour l’UEFA, cette prospérité affaiblissait l’argument d’un besoin urgent de capitaux. Pour la FIFA, l’argent privé devait accélérer la croissance et redistribuer davantage. Deux visions s’opposent donc : investir vite pour élargir le jeu, ou protéger un actif mondial dont les fédérations sont déjà les propriétaires collectifs.

Chronologie express

28 juillet

La FIFA dévoile FFE

Une filiale valorisée 20 milliards de dollars doit ouvrir une part minoritaire de ses activités commerciales à des investisseurs.

1er août

Infantino retire le projet

L’opposition de l’UEFA, de l’AFC et de la Concacaf rend le montage politiquement intenable.

3 août

La menace judiciaire demeure

Une lettre demande à 18 dirigeants de préserver documents et messages en vue de procédures possibles.

02

Le front européen transforme le refus en rapport de force

Jeudi 30 juillet, les 55 associations de l’UEFA se sont accordées pour boycotter les événements et compétitions de la FIFA tant que FFE resterait active, selon AP. La Confédération asiatique et la Concacaf ont ensuite rejeté le projet. Sans l’Europe, l’Asie et l’Amérique du Nord, une Coupe du monde perdrait une grande part de sa valeur sportive et commerciale. Le rapport de force a donc rendu le retrait presque inévitable en quelques jours.

Le courrier juridique daté de vendredi va plus loin. Il avertit que toute destruction ou altération de pièces pertinentes pourrait constituer une disparition de preuves. Cette formule standard de préservation ne signifie pas que des documents ont été effacés. Elle fige le dossier et permet à l’UEFA de garder ouvertes plusieurs voies : juridictions ordinaires, arbitrage sportif ou signalement à un régulateur.

La FIFA peut répondre que le projet a été retiré avant toute vente et que les investisseurs n’auraient pas dirigé les opérations. Ses critiques rétorquent que la méthode compte autant que l’issue : une transformation structurelle de revenus mondiaux ne pouvait, selon eux, être conduite comme une transaction d’entreprise ordinaire. L’absence de faute établie n’efface donc pas la question de confiance.

03

L’élection de mars devient le prochain match

Avant cette crise, Infantino semblait se diriger vers une réélection sans adversaire pour un dernier mandat allant jusqu’en 2031. AP rapporte désormais que l’UEFA cherche un candidat alternatif. La date limite de candidature est fixée au 18 novembre, avant un scrutin en mars au Maroc. Chaque association dispose d’une voix : les 55 Européens sont puissants, mais ils ne constituent qu’un peu plus du quart des 211 membres.

L’Afrique reste traditionnellement un socle d’Infantino, tandis que l’Amérique du Sud espère encore une Coupe du monde 2030 élargie à 64 équipes. La coalition qui a fait tomber FFE ne deviendra donc pas automatiquement une majorité électorale. Les promesses de développement, la répartition des places et l’autonomie des confédérations pèseront autant que les principes de gouvernance.

Le prochain signal ne sera pas une nouvelle indignation publique, mais l’ouverture effective d’une procédure, la publication des documents internes ou l’apparition d’un rival crédible. D’ici là, FFE reste abandonnée, la menace judiciaire reste conditionnelle et Infantino reste président. Ce qui a changé est plus profond : l’idée qu’il pouvait encore gouverner sans opposition organisée.

04

Le Mondial est sauvé de la vente, pas de la crise

La vente projetée n’aura pas lieu dans sa forme annoncée, mais le débat qu’elle a ouvert survivra. La FIFA doit financer le développement de 211 membres et faire croître ses compétitions ; elle doit aussi démontrer que les revenus communs ne peuvent changer de mains sans contrôle collectif, transparence et comparaison des alternatives.

À court terme, tous les regards se tournent vers les avocats et le calendrier électoral. À moyen terme, la question concernera chaque supporter : qui décide de la valeur créée par la Coupe du monde, et pour combien de temps peut-on engager son avenir ? Le retrait de FFE a clos une transaction. Il a ouvert le procès politique du modèle FIFA.

Sources

Analyse Critique

Le retrait de FFE empêche une transaction immédiate, mais ne résout ni la question du mandat d’Infantino ni celle du financement futur du football mondial. Les gains possibles d’une clarification doivent être pesés face au risque de fracture institutionnelle.

Opportunités

  • Une enquête transparente peut clarifier qui a validé le projet et selon quel mandat.
  • Les 211 membres peuvent imposer une procédure formelle avant toute future ouverture de capital.
  • Le scrutin de mars peut mettre plusieurs visions financières et sportives en concurrence.

Risques

  • Une guerre juridique prolongée peut paralyser les décisions entre FIFA et confédérations.
  • Les petites fédérations perdent, à court terme, les 20 millions de dollars promis.
  • Les alliances électorales peuvent remplacer le débat de gouvernance par un partage de faveurs.

Zones d’ombre

  • Aucune juridiction n’a encore établi que le montage FFE était illégal.
  • Le niveau exact d’engagement des investisseurs avant le retrait reste inconnu.
  • L’UEFA n’a pas encore annoncé de candidat capable de battre Infantino en mars.

La crise ne permet pas encore de conclure à une illégalité ni à la chute d’Infantino. Elle prouve en revanche qu’une coalition continentale peut bloquer une transformation financière majeure. La qualité des preuves, puis la capacité de l’opposition à proposer une gouvernance crédible, décideront de la suite.

Articles similaires