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Santé & Médecine20 juillet 20269 min de lecture

NHS : 1 669 jeunes sages-femmes ont quitté

En Angleterre, 1 669 sages-femmes de moins de 35 ans ont quitté le NHS en un an. Des effectifs records masquent une crise de rétention.

Une jeune sage-femme épuisée termine sa garde dans une maternité aux postes de travail vides
1 669jeunes départs
56,6 %des démissions
25 638ETP en poste

À retenir

  • 1 669 sages-femmes de 34 ans ou moins ont quitté le NHS anglais en 2025-2026.
  • Elles représentent plus de la moitié des 2 949 démissions tous âges confondus.
  • Le NHS comptait pourtant un record de 25 638 équivalents temps plein en mars 2026.
  • Une enquête syndicale relie la rétention aux effectifs, aux pauses et aux heures non payées.

1 669 sages-femmes âgées de 34 ans ou moins ont quitté le service public de santé anglais en douze mois. Le chiffre, publié le 20 juillet 2026 à partir de données du NHS, est plus qu’un signal social : ces jeunes professionnelles représentent 56,6 % des 2 949 démissions recensées en 2025-2026. Elles partent au moment précis où les maternités auraient besoin qu’elles transforment leurs premières années de formation en expérience durable.

Le paradoxe rend l’alerte plus forte. L’Angleterre n’a jamais compté autant de sages-femmes en équivalent temps plein : 25 638 en mars 2026, selon une réponse officielle au Parlement. Le gouvernement met en avant environ 2 000 postes supplémentaires depuis juillet 2024. Pourtant, le Royal College of Midwives décrit des équipes où les pauses sautent, les heures débordent et la pression accélère l’épuisement. Derrière un effectif national record se cache donc une question beaucoup plus concrète pour les femmes et les nouveau-nés : combien de professionnelles expérimentées restent réellement disponibles, service par service et garde après garde ?

01

Le record national cache une fuite précoce

Les données obtenues par le Royal College of Midwives montrent une progression préoccupante des départs précoces. En 2025-2026, 1 669 sages-femmes de moins de 35 ans ont démissionné du NHS en Angleterre, sur 2 949 démissions tous âges confondus. Autrement dit, plus d’une démission sur deux vient de la génération qui devrait constituer le socle futur du métier. Le problème ne ressemble donc pas seulement à une vague de retraites : il touche la capacité du système à conserver les compétences qu’il vient de former et de recruter.

Le ministère de la Santé et des Affaires sociales répond avec un autre indicateur, lui aussi exact : les effectifs atteignent un sommet historique. Une réponse parlementaire datée du 19 juin comptabilisait 25 638 équivalents temps plein en mars. Cette croissance améliore le volume global, mais elle ne décrit ni la répartition entre établissements, ni les vacances de postes, ni l’ancienneté des équipes. Une maternité peut apparaître dans une statistique nationale en hausse tout en organisant ses gardes avec trop peu de collègues aguerries.

Ce décalage est essentiel. Former une sage-femme demande plusieurs années ; la perdre au début de sa carrière efface une partie de cet investissement et reporte davantage de responsabilités sur celles qui restent. À chaque départ, le planning se tend, l’accompagnement des nouvelles recrues devient plus difficile et le risque de nouveaux départs augmente. La crise de rétention fonctionne ainsi comme une fuite dans un réservoir que le recrutement remplit sans réussir à le stabiliser.

Chronologie express

Juillet 2024

Le gouvernement prend ses fonctions

Le ministère utilise cette date comme point de comparaison pour revendiquer environ 2 000 postes supplémentaires.

Mars 2026

Les effectifs atteignent un record

Le NHS compte officiellement 25 638 sages-femmes en équivalent temps plein en Angleterre.

20 juillet

Les départs précoces deviennent visibles

Les données révèlent 1 669 démissions chez les professionnelles de 34 ans ou moins en un an.

02

Des gardes trop tendues usent les vocations

Le syndicat professionnel relie cette attrition au quotidien des maternités. Hannah Leonard, secrétaire générale adjointe chargée de la pratique, juge l’exode des moins de 35 ans « profondément inquiétant ». Elle décrit des professionnelles épuisées quelques années après leur diplôme parce que chaque garde signifie trop peu de collègues, des pauses manquées et des heures non payées. Ce constat ne repose pas uniquement sur les chiffres de départ : une enquête du Royal College of Midwives menée du 8 au 18 juin auprès de 3 523 sages-femmes, personnels de soutien et étudiantes indique que 75 % avaient quitté leur poste ou envisagé de le faire durant l’année écoulée.

La même enquête rapporte que neuf répondantes sur dix estiment que des effectifs insuffisants dégradent la qualité des soins aux femmes et aux bébés. Il faut toutefois lire ces résultats avec prudence : il s’agit d’un sondage volontaire auprès des membres, pas d’un échantillon aléatoire de toute la profession, et envisager de partir ne signifie pas démissionner. La convergence avec les 1 669 départs observés donne néanmoins du poids au diagnostic d’une pression persistante.

Le malaise commence parfois avant même la première garde. En juin, le collège professionnel alertait aussi sur des jeunes diplômées sans poste malgré une garantie gouvernementale annoncée en 2025. Parmi celles qui cherchaient activement un emploi dans son enquête, 61 % n’en avaient aucun. Le système peut donc connaître simultanément des services sous tension, des professionnelles qui partent et des diplômées qui peinent à être embauchées, parce que les budgets, les postes autorisés et les besoins cliniques ne s’alignent pas automatiquement.

03

Pour les maternités, le nombre ne suffit pas

Une naissance ne se gère pas comme une file d’attente industrielle. La charge peut changer en quelques minutes, et une équipe doit pouvoir surveiller plusieurs situations tout en réagissant immédiatement à une complication. Les effectifs ne sont donc pas une simple question de confort professionnel : ils déterminent le temps consacré à l’écoute, à la détection des signes d’alerte, au soutien pendant le travail et à la transmission entre équipes. Une dotation théorique perd son sens si les absences, les départs ou la concentration des postes dans certains établissements rendent une garde fragile.

Le gouvernement cite des outils de fidélisation, du mentorat, un accompagnement sur les retraites flexibles et des politiques liées à la ménopause. Ces mesures peuvent aider, mais plusieurs ciblent surtout la seconde partie de carrière. La poussée des départs avant 35 ans appelle aussi des réponses propres aux débuts professionnels : préceptorat protégé, plannings soutenables, pauses effectives, progression de carrière et postes financés pour les nouvelles diplômées.

La répartition géographique devra également être rendue visible. Un total national ne permet pas aux familles de savoir si leur maternité locale dispose d’une équipe stable. Des indicateurs de vacances, de rotation, d’ancienneté et de recours aux heures supplémentaires, publiés établissement par établissement, offriraient une mesure plus fidèle de la capacité réelle. Ils permettraient surtout de distinguer les lieux qui fidélisent leurs équipes de ceux où le recrutement compense à peine les sorties.

04

La prochaine bataille sera celle de la rétention

Le NHS part avec un avantage réel : ses effectifs globaux progressent et le gouvernement reconnaît officiellement la fidélisation comme un chantier. S’il transforme cette croissance en équipes stables, il peut réduire la dépendance aux remplacements, mieux accompagner les débuts de carrière et préserver le savoir clinique. Le coût d’une pause respectée ou d’un encadrement protégé doit alors être comparé au coût de former continuellement des professionnelles qui quittent quelques années plus tard.

Mais aucune statistique annuelle ne réglera seule la tension d’une garde. Le test sera concret : les 1 669 départs diminuent-ils, les jeunes diplômées trouvent-elles un poste durable et les équipes disent-elles disposer du temps nécessaire pour des soins sûrs ? Il faudra aussi éviter une conclusion trop rapide. Les données établissent qui est parti, pas la raison individuelle de chaque démission ; le burn-out est fortement signalé par le syndicat et les enquêtes, sans expliquer mécaniquement tous les parcours.

Le paradoxe anglais tient désormais en deux nombres : 25 638 équivalents temps plein, un record, et 1 669 jeunes professionnelles parties en un an. Le premier prouve qu’une mobilisation est possible ; le second montre qu’embaucher ne suffit pas. Pour les maternités, la réussite ne se mesurera pas au nombre de badges distribués, mais au nombre de professionnelles encore présentes, expérimentées et disponibles lorsque débute la prochaine garde. Le NHS saura-t-il enfin compter la stabilité avec autant d’attention qu’il compte les postes ?

Sources

Analyse Critique

Deux récits vrais s’affrontent : le gouvernement souligne un effectif historique, tandis que la profession décrit des gardes trop tendues et une génération qui décroche tôt. L’enjeu n’est pas de choisir un chiffre, mais de mesurer ce que chacun laisse hors cadre.

Opportunités

  • Cibler la fidélisation des premières années de carrière.
  • Financer des postes durables pour les nouvelles diplômées.
  • Publier la rotation et les vacances par établissement.

Risques

  • Confondre effectif national et disponibilité à chaque garde.
  • Reporter davantage de charge sur les équipes qui restent.
  • Perdre l’investissement consacré à plusieurs années de formation.

Zones d’ombre

  • Les motifs individuels précis des 1 669 départs.
  • Les écarts de rétention entre maternités anglaises.
  • L’effet réel des mesures gouvernementales sur les moins de 35 ans.

La hausse des effectifs est une base utile, pas un verdict sur l’état des maternités. Les départs observés et le sondage syndical convergent vers une crise de soutenabilité, mais ils ne permettent pas d’attribuer chaque démission au burn-out. Une politique crédible devra donc associer des données locales plus fines à des mesures évaluables : temps d’encadrement, postes permanents, pauses, heures supplémentaires et stabilité à deux ou trois ans. Le prochain progrès décisif ne sera pas seulement d’ajouter des professionnelles au tableau national, mais de leur donner des raisons vérifiables d’y rester.

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