Vingt-deux minutes ont suffi pour que l’impensable se produise deux fois. Vendredi 17 juillet 2026, au deuxième tour du 154e The Open, Lucas Herbert puis Sam Burns ont chacun rendu une carte de 62 à Royal Birkdale. Huit coups sous le par 70, soit le plus faible score brut jamais enregistré sur un tour d’un majeur masculin. L’Australien a d’abord frôlé le 61 avant de manquer un putt de par d’environ 1,50 m au dernier trou. Deux groupes plus tard, l’Américain a rejoint l’histoire sans même savoir précisément ce qu’il poursuivait, en rentrant sa sortie de bunker au 18.
La scène condense tout ce qui rend le golf cruel et spectaculaire. Herbert a terminé partagé entre fierté et déception, conscient d’avoir égalé un record tout en laissant filer une première mondiale pour quelques centimètres. Burns, lui, a achevé une série de trois birdies avec un coup que le sable devait normalement compliquer. Deux trajectoires, deux émotions, un même nombre. Et un tournoi totalement relancé avant le week-end, puisque Herbert a pris la tête à mi-parcours à −8, tandis que Burns s’est replacé à −5.
Herbert touche le 61 avant que le 18 ne résiste
Lucas Herbert a attaqué sa journée comme si le parcours n’avait plus de défenses. Trois birdies sur ses trois premiers trous, puis de nouveaux gains aux 5, 7 et 9 : son aller en 28 coups a égalé le record des neuf premiers trous à The Open, établi par Denis Durnian sur ce même parcours en 1983. À ce stade, l’Australien ne cherchait plus seulement une bonne position au classement. Il marchait vers une ligne qu’aucun homme n’avait franchie dans un majeur.
Des birdies aux 11, 12 et 16 l’ont placé en situation de signer 61. Mais Royal Birkdale a gardé son dernier mot. Après une mise en jeu imparfaite au 17, Herbert a sauvé le par. Au 18, son putt d’environ cinq pieds a glissé à côté. Le 62 restait historique, mais sa réaction disait la violence de l’occasion perdue : mains sur les genoux, regard figé, puis cette formule rapportée par Associated Press, être à la fois « déçu » et « si fier ». Une contradiction qui n’existe que lorsque l’excellence s’approche d’un territoire encore vierge.
Sa carte l’a porté de la 38e place à la tête du classement, à −8 après deux tours. Cette remontée rappelle qu’un record n’est pas un concours isolé : chaque coup compte encore pour le Claret Jug. L’énergie dépensée, l’attention médiatique et la nécessité de repartir dès le samedi constituent désormais un second défi.
Chronologie express
Grace ouvre le club des 62
Branden Grace établit à Royal Birkdale le premier 62 de l’histoire des majeurs masculins.
Herbert manque le 61 de quelques centimètres
L’Australien rate un putt de par d’environ 1,50 m au 18 et signe 62.
Burns surgit du bunker
L’Américain rentre directement sa sortie au 18 pour conclure trois birdies consécutifs et égaler le record.
Burns transforme un bunker en porte d’entrée dans l’histoire
À peine le public avait-il compris la portée du 62 d’Herbert que Sam Burns a lancé sa propre charge. Deux birdies sur l’aller, puis six sur le retour pour boucler les neuf derniers trous en 30 coups. Son accélération a culminé aux 16, 17 et 18. Sur le dernier, sa balle reposait dans un bunker : une position où le par aurait déjà semblé acceptable. Burns a pourtant envoyé le sable et la balle vers le drapeau, puis regardé celle-ci tomber directement dans le trou.
Ce birdie lui a donné le même 62, huit sous le par sur la journée. La simultanéité est rare, mais pas inédite dans un majeur : Rickie Fowler et Xander Schauffele avaient tous deux signé 62 lors du premier tour de l’US Open 2023. La particularité de Birkdale est ailleurs. C’est ici que Branden Grace avait créé le record en 2017. Neuf ans plus tard, le même links a accueilli deux nouveaux membres du club en moins d’une demi-heure.
Burns n’a toutefois pas rejoint Herbert au classement général. Parti d’un 73 au premier tour, il s’est retrouvé à −5 après 36 trous. Cette différence illustre la logique impitoyable d’un championnat sur quatre jours : une carte parfaite efface beaucoup, pas tout. Elle lui offre néanmoins une place réelle dans la bataille du week-end et une confiance que peu de joueurs peuvent fabriquer sur commande.
Un record brut, des conditions qu’il faut savoir lire
Dire que 62 est le record absolu exige une précision. Il s’agit du plus bas nombre de coups sur un tour dans un majeur masculin. Le rapport au par varie selon les parcours. Herbert et Burns ont joué −8 sur un par 70 ; Schauffele et Shane Lowry avaient signé 62, soit −9, au PGA Championship 2024 sur un par 71. Le score brut récompense le nombre de coups, tandis que le score relatif mesure l’écart avec l’architecture prévue du parcours. Les deux lectures sont légitimes, mais elles ne racontent pas exactement la même performance.
Les conditions comptent aussi. Un links britannique est normalement protégé par le vent, les rebonds secs, les herbes hautes et les bunkers profonds. Lorsque l’air se calme et que les greens acceptent mieux les attaques, les meilleurs joueurs peuvent transformer les fenêtres favorables en avalanche de birdies. Cela ne diminue pas les 62 : tous les concurrents jouent le même terrain, et presque aucun ne produit une telle carte. Cela explique simplement pourquoi le golf ne peut comparer ses records comme l’athlétisme compare deux chronomètres sur une distance standardisée.
La double performance place aussi le parcours sous les projecteurs. Les organisateurs doivent préserver un test exigeant sans basculer dans une réaction artificielle : drapeaux injouables, greens excessivement rapides ou départs reculés par réflexe. Le rôle d’un majeur n’est pas de défendre un nombre à tout prix, mais de distinguer le joueur capable de maîtriser quatre journées, sous des conditions changeantes.
Le record est acquis, le Claret Jug reste à gagner
Les gagnants immédiats sont Herbert, Burns et le championnat. Le premier aborde le week-end en tête ; le second a effacé son retard et rejoint les prétendants ; The Open obtient un récit historique compréhensible bien au-delà des spécialistes. Mais le danger est de confondre une journée parfaite avec une victoire promise. Deux tours restent à jouer, et le vent peut rendre samedi chaque fairway beaucoup plus étroit qu’il ne paraissait vendredi.
Pour Herbert, la question sera mentale : peut-il convertir la frustration du putt manqué en patience ? Pour Burns, elle sera comptable : son premier tour de 73 l’oblige encore à reprendre des coups. Pour leurs rivaux, le record fixe une référence intimidante sans changer le règlement. Personne ne reçoit de bonus pour un 62 ; seule l’addition des 72 trous détermine le champion.
Royal Birkdale a donc produit une journée qui survivra au résultat final. Deux joueurs ont égalé le plafond historique, séparés par 22 minutes et réunis par le même 62. Pourtant, la vraie mesure commencera au prochain départ : transformer l’exploit en stratégie, accepter que le parcours se referme et continuer à jouer le tournoi plutôt que le souvenir. Dimanche soir, retiendra-t-on seulement les deux records, ou l’un d’eux aura-t-il aussi conduit au Claret Jug ?
Sources
- The Open — détail officiel des deux cartes de 62 et chronologie des birdies
- PGA Tour — classement officiel du 154e The Open à Royal Birkdale
- Associated Press — récit des deux records, réactions et écart de 22 minutes
- The Guardian — le putt manqué de Herbert pour 61 et la sortie de bunker de Burns
- El País — classement à mi-parcours et comparaison avec les précédents 62 en majeur




