Strategy vient de changer la façon dont elle raconte sa gigantesque réserve de bitcoin. Le 24 juillet, l’entreprise a ajouté le « Net Bitcoin Per Share », ou bitcoin net par action, à son tableau de bord. Le calcul part de 843 775 BTC, ajoute 3,2 milliards de dollars de réserve en numéraire, puis retranche 22,2 milliards de dollars de créances prioritaires : environ 15,5 milliards d’actions préférentielles et 6,8 milliards de dette convertible hors de la monnaie. Le reliquat, proche de 35 milliards de dollars selon la présentation de Strategy reprise par Decrypt, est ensuite divisé par un nombre d’actions entièrement dilué.
Ce changement ne modifie ni la blockchain ni le nombre de bitcoins détenus. Il modifie la lecture du risque. Jusqu’ici, le récit dominant comparait volontiers la capitalisation de Strategy à la valeur brute de ses BTC. Or l’actionnaire ordinaire arrive après les créanciers et les détenteurs de titres préférentiels. En les intégrant, la nouvelle mNAV ressortait autour de 1,02 fois le 24 juillet, avec une action proche de 93 dollars et un bitcoin autour de 64 200 dollars. Données arrêtées le 24 juillet 2026 à 21:06 (Paris) : les prix restent mobiles et les métriques de Strategy sont des indicateurs non-GAAP conçus par l’émetteur.
Les courbes derrière l’analyse
Prix, volumes et structure de marché à examiner dans le contexte de l’article — jamais comme un signal d’achat.
Bitcoin spot face au dollar numérique
L’actif central de la réserve Strategy, à suivre séparément du cours de l’action MSTR.
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Capitalisation totale du marché crypto
Le contexte large permet de distinguer un mouvement propre à bitcoin d’un déplacement général du risque.
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Les cryptoactifs sont très volatils. Ces graphiques et cette analyse sont informatifs, ne constituent pas un conseil financier et ne garantissent aucun résultat.
Le bitcoin brut cède la place au bitcoin résiduel
Le mécanisme est simple à décrire, moins simple à interpréter. Une société possède un actif volatil, mais finance une partie de cet actif par plusieurs étages de capital. Les obligations contractuelles et les préférences de liquidation ne disparaissent pas lorsque le cours du bitcoin baisse. Le « Net BPS » cherche donc à estimer ce qui reviendrait économiquement à l’action ordinaire après déduction des rangs supérieurs. Strategy l’évalue à 95 dollars, soit 143 000 satoshis par action pleinement diluée, contre 13 dollars et 44 000 satoshis à la fin de 2020.
La comparaison historique affichée par le groupe donne un taux de croissance annuel composé de 43 % pour ce bitcoin net par action, contre 16 % pour bitcoin sur la même fenêtre. C’est une corrélation comptable construite à partir de financements successifs, pas la preuve qu’une action Strategy reproduira cette trajectoire. L’entreprise elle-même avertissait dans ses résultats du premier trimestre que ses KPI ne mesurent ni rendement financier, ni liquidité, ni valeur comptable, et qu’une action ne confère pas de droit de propriété direct sur ses bitcoins.
Cette nuance explique pourquoi la nouvelle mesure compte. Les anciens indicateurs de bitcoin par action pouvaient augmenter lorsqu’une émission préférentielle finançait des achats de BTC, tout en ignorant la créance prioritaire ainsi créée. Le Net BPS rapproche le numérateur et le dénominateur économiques. Il reste néanmoins sensible au prix instantané du bitcoin, aux hypothèses de dilution et au traitement des convertibles : c’est une photographie conditionnelle, pas un prix de remboursement.
Chronologie express
Le point de départ
Strategy estime aujourd’hui son bitcoin net par action à 13 dollars, soit 44 000 satoshis.
Les limites sont écrites
Le groupe reconnaît que ses anciens KPI excluent les droits prioritaires de la dette et des préférentielles.
La hiérarchie devient visible
Net BPS, mNAV révisée et coût du crédit entrent dans le tableau de bord de Strategy.
À 1,02 fois la réserve nette, le moteur ralentit
Le modèle de Strategy fonctionne le mieux lorsque son action vaut nettement plus que le bitcoin net qui lui est attribuable. Dans ce cas, émettre des actions ordinaires peut lever davantage de dollars que la valeur économique diluée, puis acheter du bitcoin d’une manière potentiellement relutive par action. À 1,02 fois selon la nouvelle définition publiée le 24 juillet, ce coussin devient presque nul. Une émission proche de la parité produit moins d’accroissement mécanique et une émission sous 1,0 fois risque de diluer le détenteur existant.
La conséquence dépasse MSTR. Strategy est devenue un acheteur institutionnel structurel ; sa capacité à lever du capital influence donc la demande marginale de bitcoin. Cette relation n’est pas une causalité automatique : le marché mondial du BTC ne dépend pas d’un seul groupe, et les ETF, mineurs, trésoreries publiques ou autres entreprises agissent simultanément. Mais une prime boursière comprimée réduit l’efficacité de l’une des machines d’achat les plus visibles du cycle.
Le contraste avec le marché renforce cette tension. CoinDesk situait bitcoin dans une zone de 64 000 à 66 800 dollars le 23 juillet, après un rebond de plus de 13 % depuis le creux du 1er juillet à 57 750 dollars. Le 24 juillet, le prix glissait vers 64 200 dollars. Cette consolidation n’est pas causée par la nouvelle métrique ; elle rend simplement plus exigeante la structure de financement de Strategy au moment où l’action ne porte presque plus de prime nette.
Le coût du crédit devient le véritable seuil
Strategy complète son tableau de bord avec un coût effectif du crédit, ou « hurdle rate », proche de 10,8 %, et un seuil d’équilibre annoncé autour de 3,2 %. Ces chiffres visent à répondre à une question différente : la hausse de bitcoin et les nouvelles levées suffisent-elles à couvrir intérêts, dividendes préférentiels et autres engagements ? Decrypt rapporte aussi un « flow rate » d’environ −11 %, estimation interne de la baisse annuelle de BTC que les réserves pourraient absorber avant de ne plus couvrir ces sorties.
Il faut résister à la fausse précision. Ces seuils dépendent d’hypothèses de marché, de refinancement et de prix. Une baisse rapide du bitcoin peut simultanément réduire l’actif net, fermer la fenêtre d’émission d’actions et renchérir le crédit. À l’inverse, un rebond du BTC ou de MSTR peut rouvrir la prime et relancer les achats. Les gagnants potentiels sont les actionnaires ordinaires si la valeur nette par action augmente ; les créanciers et préférentiels bénéficient, eux, de leur rang supérieur. Les perdants seraient les derniers entrants si la prime se contracte tandis que les obligations restent fixes.
Le prochain test chiffré arrivera avec les résultats du deuxième trimestre, programmés le 30 juillet selon IG. Il faudra rapprocher les nouvelles métriques des états financiers, des flux de trésorerie et du calendrier des dividendes. Un tableau de bord plus lisible réduit l’opacité, mais ne supprime aucun passif. C’est précisément sa valeur : montrer que le débat ne porte plus seulement sur combien de bitcoins Strategy possède, mais sur combien subsistent réellement derrière chaque action ordinaire.
Trois scénarios pour tester la nouvelle boussole
Scénario central : bitcoin reste dans une large consolidation et MSTR évolue près de 1,0 fois sa réserve nette. Strategy conserve ses BTC, refinance ses échéances et limite les émissions les plus dilutives. Le flux d’achat ralentit sans devenir une vente forcée. Dans ce cas, Net BPS améliore surtout la discipline d’analyse, tandis que le marché crypto reçoit peu d’impulsion directe.
Scénario haussier : bitcoin remonte durablement et la prime de MSTR se reconstitue. Des émissions au-dessus de la valeur nette financent de nouveaux achats, le bitcoin net par action progresse et le cercle de financement redevient favorable. Scénario baissier : BTC baisse, MSTR passe sous 1,0 fois, les titres préférentiels restent sous pression et le service des engagements absorbe davantage de liquidités. Des ventes de BTC ou des émissions dilutives deviendraient alors plus plausibles, sans être certaines.
L’analyse serait invalidée si les résultats audités montraient que les créances prioritaires ou la dilution ont été mal mesurées, si Strategy modifiait encore substantiellement sa formule, ou si une autre source de financement rendait la prime boursière secondaire. D’ici là, les deux courbes ci-dessous servent à suivre l’actif central puis le marché crypto total, jamais à prouver un lien de causalité. Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil financier.
Sources
- Strategy — tableau de bord officiel et métriques MSTR, 24 juillet 2026
- Strategy — résultats T1 et limites officielles des KPI bitcoin, 5 mai 2026
- Decrypt — détail du Net Bitcoin Per Share et des créances, 24 juillet 2026
- CoinDesk — prix, fourchette et structure du marché bitcoin, 23 juillet 2026
- IG — calendrier et enjeux des résultats T2 de Strategy, 23 juillet 2026
- TradingView — visualisation du marché Bitcoin spot





