Un accord sur le désarmement du Hamas existe désormais sur le papier ; la paix, elle, n’est pas encore signée. Donald Trump a annoncé jeudi 30 juillet une feuille de route qu’il qualifie d’« historique ». Vendredi, un responsable du mouvement palestinien a confirmé à l’Associated Press l’acceptation d’un processus de désarmement, à condition qu’Israël mette fin aux hostilités et retire ses forces de Gaza. L’agence américaine dit avoir obtenu et vérifié une copie de l’accord. C’est la première percée substantielle après des mois de blocage sur la deuxième phase du cessez-le-feu conclu en octobre 2025.
Le basculement potentiel est immense : le Hamas accepterait de placer des armes sous contrôle palestinien, de neutraliser ses capacités lourdes et de céder la sécurité à une nouvelle administration technocratique appuyée par une force internationale. Mais aucun calendrier signé ne garantit encore cette transformation. Israël n’a pas publiquement approuvé le texte et contrôle environ 60 % de l’enclave selon l’AP. Surtout, les deux camps ne racontent pas la même séquence : retrait et désarmement doivent-ils avancer ensemble, ou l’un doit-il être achevé avant l’autre ? Cette question apparemment procédurale décidera si l’accord devient une sortie de guerre ou un nouveau document sans lendemain.
Une caisse pour les armes, un État à reconstruire
La feuille de route ne prévoit pas une remise spectaculaire des armes à Israël. À son arrivée dans l’enclave, le Comité national pour l’administration de Gaza, composé de technocrates palestiniens et soutenu par les États-Unis, recevrait d’abord les armes de la police. Cette étape reste limitée : selon les responsables interrogés par l’AP, elle ne concerne ni la majorité des combattants du Hamas ni l’essentiel de l’armement lourd. Le comité dit vouloir entrer à Gaza, mais l’un de ses membres n’attend pas cette arrivée avant au moins deux mois.
Viendrait ensuite le cœur du dispositif : inventorier et stocker les armes lourdes, arrêter les sites de production et neutraliser les tunnels. Le document relie ce processus au retrait progressif de l’armée israélienne des zones qu’elle contrôle. Les armes resteraient à Gaza sous supervision palestinienne, et non entre les mains d’Israël ou d’une puissance étrangère. Une Force internationale de stabilisation travaillerait parallèlement avec une nouvelle police palestinienne pour reprendre la sécurité.
Ce montage cherche à résoudre trois problèmes à la fois : retirer au Hamas sa capacité militaire, éviter l’image politiquement explosive d’une capitulation devant Israël et empêcher un vide sécuritaire. Le plan en 20 points adopté en 2025 associait déjà démilitarisation, retrait, gouvernement technocratique et reconstruction. Le texte actuel tente de transformer ces principes en engrenages concrets. Or plusieurs dents manquent encore : date d’entrée du comité, composition effective de la force internationale, contrôle des dépôts et procédure de vérification en cas de désaccord.
Chronologie express
Un cessez-le-feu en 20 points
Le plan prévoit désarmement, retrait israélien, administration technocratique et force internationale.
La feuille de route est confirmée
Trump annonce un accord ; un responsable du Hamas le confirme et l’AP vérifie une copie du texte.
L’exécution reste à négocier
Entrée du comité palestinien, déploiement international, stockage des armes et retrait doivent être synchronisés.
Le calendrier de 350 jours n’est pas une garantie
Des responsables américains et du Board of Peace ont présenté un scénario rapide pour les armes de la police, évoquant deux semaines, puis une période de 200 à 350 jours pour les armes lourdes, les tunnels et les infrastructures militaires. Cette fourchette frappe les esprits, mais elle ne figure pas dans la copie de l’accord vérifiée par l’AP. Elle doit donc être lue comme une estimation politique, pas comme une échéance contractuelle. Dans un territoire ravagé, cartographier des réseaux souterrains, identifier les groupes armés et sécuriser chaque dépôt peut prendre bien plus longtemps.
Le changement de position du Hamas reste néanmoins majeur. Son arsenal — roquettes, missiles antichars et explosifs — est au cœur de sa doctrine de lutte armée. Le mouvement avait déjà annoncé le 6 juillet la dissolution de son gouvernement de fait et sa volonté de transférer l’administration à des technocrates. Accepter maintenant une feuille de route pour les armes reviendrait à abandonner les deux leviers qui ont structuré son pouvoir à Gaza : gouverner et combattre.
Cette évolution ne vaut pas exécution. L’accord a été négocié avec les États-Unis, l’Égypte, le Qatar et la Turquie comme garants, mais Israël n’en est pas signataire. Un responsable israélien, cité anonymement par l’AP conformément au protocole gouvernemental, a affirmé qu’Israël ne quitterait pas les zones occupées avant le désarmement et la démilitarisation. Le Hamas soutient l’inverse ou, au minimum, une progression liée et graduelle. Chaque camp craint de perdre son seul moyen de pression en agissant le premier.
La reconstruction dépend d’une preuve vérifiable
Pour les habitants de Gaza, le débat sur la séquence n’a rien d’abstrait. Des dizaines de milliers de personnes vivent encore sous tente ou dans des quartiers très endommagés. Le ministère de la Santé de Gaza chiffre à plus de 73 000 le nombre de Palestiniens tués depuis le début de l’offensive israélienne ; il ne distingue pas civils et combattants dans son total, tout en indiquant qu’environ la moitié des morts sont des femmes et des enfants. L’attaque menée par le Hamas le 7 octobre 2023 avait tué environ 1 200 personnes en Israël et entraîné la prise de 251 otages.
La démilitarisation pourrait débloquer des financements, l’accès des équipes civiles et la remise en service des institutions. Mais les bailleurs auront besoin d’un mécanisme de vérification crédible. Stocker une arme n’est pas la rendre inutilisable ; fermer un tunnel n’est pas prouver que tout le réseau est neutralisé. À l’inverse, maintenir des frappes ou bloquer l’administration technocratique pendant les inspections détruirait la confiance nécessaire aux remises d’armes suivantes.
La solution la plus robuste serait une séquence mesurable et réciproque : zones remises à l’administration civile, armes lourdes inventoriées, retrait vérifié, puis passage à la zone suivante. Cette logique est une analyse, pas un mécanisme définitivement fixé par le texte public. Elle illustre toutefois la condition du succès : remplacer les promesses globales par des actes assez petits pour être contrôlés et assez significatifs pour convaincre l’autre partie de continuer.
Une percée réelle, encore loin d’un point final
La nouveauté du 31 juillet n’est pas la fin annoncée du conflit, mais l’existence d’un document accepté par le Hamas qui traite enfin son désarmement comme un processus possible. C’est un déplacement politique profond, soutenu par quatre pays garants et articulé à une administration palestinienne. Il peut ouvrir la reconstruction et réduire durablement la capacité de reprise des combats.
À court terme, il faudra surveiller moins les déclarations triomphales que trois gestes : une réponse officielle d’Israël, l’entrée effective du comité technocratique et un protocole public de vérification. Sans eux, les 200 à 350 jours resteront une projection. Avec eux, une remise graduelle des armes et du territoire pourrait enfin créer une dynamique cumulative. Après des années de guerre, la question n’est donc plus seulement de savoir si le Hamas dit accepter de désarmer, mais si chaque acteur acceptera de rendre sa propre concession simultanément vérifiable.





