Deux semaines de négociations n’ont pas suffi à régler la question qui peut décider de la vitesse de la prochaine riposte mondiale : qui transmettra un nouvel agent pathogène, et que recevra-t-il en échange ? Le 20 juillet, l’Organisation mondiale de la santé a annoncé que ses États membres avaient simplifié le projet d’annexe sur l’accès aux agents pathogènes et le partage des avantages, dite PABS, sans parvenir à un texte final. La septième session du groupe intergouvernemental s’était achevée le 17 juillet à Genève.
Derrière ce vocabulaire diplomatique se cache une transaction vitale. Les laboratoires ont besoin d’échantillons et de séquences génétiques pour concevoir rapidement diagnostics, vaccins et traitements. Les pays qui détectent et partagent les premiers signaux veulent, eux, la garantie de ne pas attendre au bout de la file lorsque ces produits existent. L’annexe doit transformer cette promesse en règles, contrats et réseaux de laboratoires. Tant qu’elle n’est pas achevée, l’accord sur les pandémies adopté en mai 2025 ne peut pas suivre tout son parcours vers la signature et la ratification. Le prochain rendez-vous, du 14 au 18 septembre, sera donc bien plus qu’une nouvelle réunion technique.
Le marché implicite qui doit fonctionner avant la crise
Le mécanisme PABS repose sur un échange simple en apparence : les pays communiquent rapidement les agents pathogènes à potentiel pandémique et leurs informations de séquence; les bénéfices tirés de leur utilisation, notamment les vaccins, diagnostics et thérapeutiques, sont ensuite partagés équitablement. L’objectif est de réduire deux délais à la fois. Le premier sépare la détection d’une menace de son analyse scientifique. Le second sépare la mise au point d’un produit médical de son accès par les populations qui en ont besoin.
La septième session, tenue du 6 au 17 juillet, a travaillé sur trois nœuds décrits par l’OMS : les arrangements contractuels qui rendront le système applicable, l’architecture des réseaux de laboratoires chargés de manipuler les échantillons et les séquences, et la définition même des avantages à partager. Ces mots déterminent qui signe avec qui, à quel moment une obligation naît et ce qui compte comme une contrepartie. Une formule imprécise peut accélérer la coopération sur le papier tout en laissant chaque acteur contester son devoir au moment critique.
Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a reconnu que des différences subsistaient, tout en jugeant possible de les combler. Son avertissement résume l’urgence : la prochaine pandémie n’attendra pas. Les coprésidents du groupe ont parlé d’un chemin clair vers l’achèvement, mais l’annonce officielle ne donne ni texte consolidé final ni accord sur les points les plus sensibles. Le progrès est donc réel, sans être encore une garantie opérationnelle.
Chronologie express
L’accord principal est adopté
L’Assemblée mondiale de la Santé adopte le texte et confie l’annexe PABS à un groupe dédié.
Le texte avance sans aboutir
Les États simplifient le projet, mais maintiennent les discussions sur ses éléments complexes.
La négociation reprend
Une huitième session doit rapprocher les positions sur le mécanisme opérationnel.
Échantillons, brevets et doses : les intérêts s’affrontent
Les pays disposant de fortes capacités de recherche veulent éviter qu’un régime trop lourd ralentisse le partage des données ou l’innovation. L’industrie pharmaceutique, représentée notamment par l’IFPMA dans le débat public, demande un dispositif prévisible, praticable et compatible avec des chaînes de développement complexes. Son argument est qu’un contrat impossible à exécuter ou une définition trop large des produits concernés peut décourager la participation et retarder la réponse que le mécanisme cherche précisément à accélérer.
Les défenseurs d’un accès plus contraignant répondent que la vitesse scientifique ne suffit pas si les produits restent concentrés dans les pays capables de les acheter. Knowledge Ecology International a proposé, lors de cette session, un langage contractuel qui lie les obligations aux produits développés pour le pathogène partagé. Cette intervention ne représente pas un consensus, mais elle montre où se joue la bataille : dans la portée des engagements, la transparence des licences et la capacité à obtenir des produits en temps réel, pas seulement des promesses après la pénurie.
L’expérience du Covid-19 pèse sur chaque phrase. Des séquences ont circulé à une vitesse remarquable et plusieurs vaccins ont été développés en moins d’un an, tandis que l’accès initial est resté profondément inégal. L’Associated Press rappelait lors de l’adoption de l’accord principal que le futur système devait garantir aux pays partageant des échantillons un accès aux tests, médicaments et vaccins. La question n’est donc pas de choisir entre science ouverte et équité : c’est de construire un échange assez fiable pour que les deux se renforcent.
Un accord adopté, mais encore sans sa pièce maîtresse
L’Assemblée mondiale de la Santé a adopté l’accord sur les pandémies en mai 2025, après plus de trois ans de négociations. La résolution WHA78.1 a toutefois confié l’annexe PABS à un groupe de travail séparé. Ce choix a permis de conclure le texte principal sans masquer le désaccord le plus difficile. Il a aussi créé une dépendance : selon l’OMS et plusieurs gouvernements, l’annexe doit être finalisée avant que les pays puissent examiner la signature et la ratification de l’ensemble.
Le calendrier a déjà été étendu. Une déclaration du gouvernement britannique au Parlement indique que le résultat doit être transmis au plus tard à la 80e Assemblée mondiale de la Santé, en mai 2027, ou plus tôt lors d’une session spéciale en 2026 si les négociateurs y parviennent. Cette marge évite un accord bâclé, mais elle prolonge une période où le nouveau cadre mondial n’est pas pleinement disponible. Entre-temps, les flambées épidémiques continuent de tester les systèmes existants.
La huitième réunion prévue du 14 au 18 septembre fournira un premier verdict politique. Cinq jours sont inscrits au calendrier pour rapprocher des positions travaillées pendant les deux semaines de juillet. Le signe décisif ne sera pas une nouvelle déclaration d’intention, mais la publication d’un texte où contrats, laboratoires, séquences et avantages s’emboîtent sans ambiguïté majeure.
La prochaine alerte jugera la valeur du compromis
Le dossier PABS condense la leçon la plus inconfortable des crises sanitaires : une découverte partagée rapidement ne protège personne si la confiance s’effondre, et une promesse d’équité ne soigne personne si elle ralentit la recherche. Les États ont avancé en juillet, mais ils n’ont pas encore transformé leur objectif commun en obligations acceptées.
À court terme, septembre devra réduire les zones grises contractuelles et préciser le fonctionnement des réseaux de laboratoires. À moyen terme, l’annexe devra survivre aux signatures, aux ratifications nationales et à l’épreuve d’une urgence réelle. Pour le public, l’enjeu est concret : le temps nécessaire pour identifier une menace, fabriquer une réponse et la rendre accessible partout. Lorsque le prochain agent pathogène franchira une frontière, les pays partageront-ils d’abord l’information, ou attendront-ils de savoir ce qu’ils recevront vraiment en retour ?
Sources
- OMS — bilan officiel de la septième session PABS
- OMS — calendrier et mandat de la septième session
- Parlement britannique — calendrier, ratification et position gouvernementale
- Knowledge Ecology International — proposition contractuelle soumise à l’IGWG 7
- IFPMA — position de l’industrie avant la septième session
- Associated Press — adoption de l’accord et enjeux du mécanisme PABS





