20 millions de morts estimés, 13 000 milliards de dollars de production perdue, et toujours pas de règle mondiale complète pour partager les armes médicales lors de la prochaine pandémie. Le 20 juillet 2026, l’Organisation mondiale de la santé a annoncé que ses États membres n’avaient pas réussi à finaliser l’annexe PABS, le mécanisme qui doit organiser l’échange des agents pathogènes à potentiel pandémique et des bénéfices tirés de leur étude. Deux semaines de négociations à Genève ont rapproché certaines positions, sans résoudre le cœur du conflit.
Derrière ce sigle technique se cache une transaction vitale. Lorsqu’un pays détecte un virus dangereux, le monde a besoin de l’échantillon et de sa séquence génétique pour développer rapidement tests, vaccins et traitements. En retour, les pays qui partagent ces données — souvent ceux où une épidémie émerge — veulent la garantie de ne pas être servis les derniers. L’accord sur les pandémies adopté en mai 2025 ne pourra être ouvert à la signature et à la ratification qu’une fois cette annexe achevée. La prochaine échéance, du 14 au 18 septembre, devient ainsi un test politique autant que sanitaire.
Le dernier verrou empêche l’accord de démarrer
Les négociateurs ne sont pas repartis les mains vides le 17 juillet. Selon l’OMS, ils ont resserré le projet de texte et travaillé sur trois ensembles liés : les contrats qui encadreront l’accès aux agents pathogènes, le réseau de laboratoires chargé de les manipuler et de partager leurs séquences, et la définition exacte des bénéfices dus en retour. Ces avancées dessinent la plomberie du futur système. Elles ne disent pas encore qui ouvre le robinet, à quelle vitesse ni avec quelle quantité garantie.
L’impasse est d’autant plus lourde que l’annexe n’est pas un supplément facultatif. La résolution adoptée par l’Assemblée mondiale de la santé en 2025 a séparé ce chantier du texte principal pour permettre un accord politique, mais sa finalisation reste nécessaire avant la signature et la ratification. En mai 2025, 124 pays avaient approuvé l’accord, tandis que onze s’étaient abstenus ; les États-Unis, engagés dans leur retrait de l’OMS, n’avaient pas participé au vote final. Le dispositif devra ensuite obtenir 60 ratifications pour entrer en vigueur.
L’histoire récente explique l’urgence. Dans leur appel aux dirigeants du G7, du G20 et des BRICS, le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva et le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, ont rappelé que la pandémie de Covid-19 aurait causé jusqu’à 20 millions de morts et plus de 13 000 milliards de dollars de pertes de production selon les estimations citées par l’OMS et le FMI. Le PABS cherche à éviter qu’une nouvelle course scientifique reproduise la même course inégale aux doses.
Chronologie express
Le texte principal est adopté
Les États approuvent l’accord, mais repoussent le mécanisme PABS dans une annexe.
Le compromis reste incomplet
Deux semaines de négociations réduisent le texte sans résoudre les obligations centrales.
Une huitième session est convoquée
Les délégations doivent convertir les convergences techniques en garanties applicables.
Virus contre vaccins : la transaction qui divise
Le principe paraît simple : partager rapidement le matériel biologique et l’information génétique, puis partager équitablement les produits qui en résultent. Sa traduction juridique est redoutable. Les pays en développement demandent que l’accès aux échantillons soit inséparable d’obligations de bénéfice opposables aux utilisateurs. Les comptes rendus de Third World Network indiquent qu’ils défendent l’identification des laboratoires et entreprises, leur enregistrement et des contrats conclus avant certains transferts. Sans cette chaîne de responsabilité, craignent-ils, une séquence pourrait circuler et créer une valeur commerciale sans retour garanti vers le pays d’origine.
Les pays industrialisés et les fabricants mettent davantage l’accent sur la vitesse, la simplicité et la protection d’un système d’innovation capable de produire en urgence. Leur inquiétude est qu’une succession d’autorisations, de contrats ou d’obligations variables ralentisse précisément l’accès scientifique que l’annexe veut accélérer. Reuters et The Guardian ont documenté au printemps le désaccord sur l’ampleur des produits à réserver, le caractère obligatoire des engagements et l’équilibre entre équité et incitation à la recherche.
Le compromis doit donc résoudre une équation à deux chronomètres. Le premier mesure les heures perdues avant qu’un laboratoire puisse analyser un nouvel agent pathogène. Le second mesure les mois pendant lesquels les pays moins riches risquent d’attendre un vaccin déjà administré ailleurs. Un système rapide mais sans contrepartie entretiendrait la défiance et pourrait décourager le partage. Un système équitable mais trop lent retarderait diagnostics et contre-mesures pour tout le monde. Les contrats, bases de séquences et réseaux de laboratoires doivent fonctionner comme une seule chaîne, pas comme trois négociations successives.
Septembre devient le rendez-vous de la crédibilité
La huitième session du groupe intergouvernemental est fixée du 14 au 18 septembre 2026. Ce calendrier confirme que l’annonce du 20 juillet n’est ni une rupture des discussions ni un accord masqué : les différences subsistent, et aucun nouveau mécanisme mondial n’entre en service. Le résultat pourra être soumis à une session spéciale de l’Assemblée mondiale de la santé en 2026 ou, au plus tard selon le mandat actuel, à l’Assemblée de mai 2027.
Entre-temps, la préparation sanitaire continue avec les outils existants : Règlement sanitaire international, réseaux de surveillance, accords de laboratoire et contrats bilatéraux. Mais ces solutions fragmentées sont précisément ce que le PABS devait remplacer par un cadre prévisible. L’absence des États-Unis du processus final ajoute une difficulté, car le pays rassemble une part majeure des capacités de recherche et de production. Elle ouvre aussi un espace à d’autres puissances et coalitions pour définir les normes du partage mondial.
La prochaine session devra montrer davantage qu’une réduction du nombre de crochets dans un texte. Les délégations devront préciser qui est un utilisateur du système, quels produits ou avantages doivent être fournis, à quel moment, avec quel contrôle et quelle sanction en cas de contournement. Tant que ces réponses restent ouvertes, laboratoires, fabricants et gouvernements ne peuvent pas préparer des contrats opérationnels. La crédibilité du traité dépend désormais moins de ses grands principes que de cette mécanique vérifiable.
Un compromis utile doit fonctionner avant la crise
Les gagnants d’un accord robuste seraient d’abord les systèmes de santé qui disposent de peu de pouvoir d’achat mais détectent parfois les premières flambées. Une contrepartie prévisible peut renforcer leur confiance, accélérer les signalements et diversifier la recherche. Les fabricants gagneraient également en sécurité juridique si un contrat standard remplaçait une mosaïque de négociations improvisées au milieu d’une urgence.
Les risques sont tout aussi concrets. Des règles opaques pourraient permettre à certains acteurs de récupérer des séquences hors du réseau reconnu. Des obligations mal calibrées pourraient fragiliser de petites entreprises ou pousser des recherches hors du système. Et même un texte ambitieux ne créera pas instantanément des usines, des chaînes du froid ou des autorités réglementaires dans les régions qui en manquent. Le partage de doses ne remplace ni les capacités locales ni le financement durable.
Le verdict du 20 juillet est donc inconfortable mais précis : la coopération mondiale n’a pas échoué, elle reste inachevée à son point le plus sensible. Septembre dira si les États peuvent transformer la mémoire du Covid-19 en obligations exécutables avant qu’une nouvelle alerte ne dicte le calendrier. La vraie question n’est plus de savoir si le monde partagera le prochain virus ; c’est de savoir s’il aura décidé, avant l’urgence, comment partager ce qui permettra de l’arrêter.
Sources
- OMS — bilan officiel de la septième session, 20 juillet 2026
- OMS et présidence du Brésil — appel sur l’annexe PABS, 15 juin 2026
- Reuters — le désaccord sur le partage des agents pathogènes, 1er mai 2026
- Associated Press — adoption et limites de l’accord mondial, 20 mai 2025
- The Guardian — positions opposées sur le mécanisme PABS, 5 mai 2026
- Third World Network — contrats et identification des utilisateurs, 17 juillet 2026





