Douze pieds, soit 3,66 mètres, séparaient Ryan Fox du plus grand titre de sa carrière. Dimanche 19 juillet à Royal Birkdale, le Néo-Zélandais a frappé sans retenir son geste : la balle est tombée au cœur du trou, sur le 72e et dernier green de The Open. Ce birdie lui a offert le tournoi à dix coups sous le par, un coup devant l’Américain Cameron Young, qui se préparait déjà à disputer un play-off. À 39 ans, Fox remportait son premier majeur et seulement son premier top 10 dans l’un des quatre grands rendez-vous masculins.
La scène vaut davantage qu’un simple coup gagnant. Deux jours plus tôt, Fox n’était qu’à la limite du cut après des cartes de 72 et 68. Puis un 62 record l’a propulsé dans la dernière partie, avant une fin de parcours où chaque erreur aurait pu tout reprendre. Son succès raconte une remontée, un choix tactique assumé et la brutalité d’un sport où quatre journées se décident parfois sur quelques mètres de gazon. Il fait aussi de Fox le quatrième champion néo-zélandais d’un majeur, dans une nuit que son pays a suivie avant l’aube.
Au 18, Fox refuse d’attendre le play-off
Fox arrive au départ du 18 à neuf sous le par, exactement au niveau de Young. L’Américain a terminé depuis plus de deux heures avec une carte de 64 et attend sur le practice. Le calcul paraît simple : un par envoie les deux hommes en play-off, un bogey offre le trophée à Young. Mais le dernier trou est le plus difficile de la semaine. Selon l’organisation, il s’est joué à 161 coups au-dessus du par sur l’ensemble du tournoi ; avant Fox, seulement quatre des 76 joueurs passés le dimanche y avaient réussi un birdie.
Le Néo-Zélandais choisit pourtant l’attaque. Son drive reste au centre du fairway, puis son fer 9, joué à 175 yards — environ 160 mètres — s’immobilise à douze pieds du trou. Fox dira avoir annoncé à son caddie Dean Smith qu’il voulait gagner le tournoi et qu’il accepterait les conséquences en cas d’échec. Le putt ferme ne laisse aucune place au doute. Sa carte finale de 68, deux sous le par, scelle un total de -10 et une victoire d’un coup.
Ce dénouement pèse aussi par son contraste avec Young. L’Américain aurait pu atteindre lui-même -10 au dernier trou, mais son départ trouve un bunker et son deuxième coup rebondit dans les herbes épaisses. Son bogey laisse la porte ouverte. Fox ne se contente pas de survivre : il transforme cette ouverture en birdie, là où le parcours avait résisté presque toute la journée.
Chronologie express
Le cut franchi de justesse
Des cartes de 72 et 68 laissent Fox dans le par, deux coups seulement au-dessus de l’élimination.
Le record égalé en 62
Huit coups sous le par propulsent le Néo-Zélandais dans la dernière partie.
Le birdie du titre
Un putt de 12 pieds au 72e trou offre la victoire à -10, un coup devant Young.
Un 62 transforme un rescapé du cut en prétendant
Le dimanche spectaculaire ne se comprend qu’en revenant au vendredi soir. Avec un total dans le par après 36 trous, Fox franchit le cut avec seulement deux coups de marge. Il n’a alors encore jamais terminé dans le top 10 d’un majeur. Le samedi, il signe 62, huit sous le par, et égale le record du score le plus bas sur une ronde dans un majeur masculin. Deux autres joueurs, Lucas Herbert et Sam Burns, avaient déjà réussi 62 au cours de cette édition hors norme.
Cette carte replace Fox dans la dernière partie, mais Burns commence le dernier tour avec deux coups d’avance. Le classement se resserre ensuite : Burns, Young, Scottie Scheffler, Si Woo Kim et Tommy Fleetwood participent tous à la lutte. Fox atteint le départ du 12 à +1 sur sa journée et -7 au total. Il reste proche, sans être maître de son destin. La bascule commence au 13 : birdie, puis un autre au 14 pour rejoindre Young à -9.
Un bogey au 15 aurait pu briser l’élan. La balle de Fox heurte le bord d’un bunker et le force à ressortir vers l’arrière, mais il limite la casse à un seul coup perdu. Il répond immédiatement par un birdie au 16, après une approche depuis le rough gauche. Ce mélange d’agressivité et de contrôle est le fil du dernier acte : Fox ne joue pas un golf parfait, il empêche ses erreurs de devenir des catastrophes et attaque dès que le parcours lui rend une chance.
La Nouvelle-Zélande gagne un quatrième champion
À Royal Birkdale, Fox devient le quatrième golfeur néo-zélandais à gagner un majeur, après Bob Charles, Michael Campbell et Lydia Ko. Le rapprochement avec Charles est particulièrement fort : le gaucher avait remporté The Open en 1963. Plus de six décennies plus tard, il a salué la vitesse de jeu de Fox, qui n’a passé que quelques dizaines de secondes au-dessus du putt décisif. Au moment où la balle tombe, il est un peu plus de 5 h 30 en Nouvelle-Zélande.
L’histoire familiale donne une autre dimension au succès. Ryan est le fils de Grant Fox, figure des All Blacks, et le petit-fils de Merv Wallace, ancien capitaine de l’équipe nationale de cricket. Mais l’héritage n’a pas raccourci le chemin du golf : passé professionnel en 2011, Fox a construit sa carrière entre circuits, voyages et qualifications avant de gagner sur les grandes scènes européennes et nord-américaines. Son premier majeur arrive à un âge où les trajectoires sont souvent décrites comme déjà fixées.
Le titre lui garantit une place durable dans l’histoire du tournoi, mais il ne gomme pas l’extrême volatilité de cette semaine. Fox était deux coups à l’intérieur du cut vendredi ; dimanche, il soulevait la Claret Jug. Pour les joueurs moins célèbres et les circuits qui cherchent des récits au-delà des têtes d’affiche, ce renversement constitue une vitrine puissante. Pour ses adversaires, il rappelle qu’un classement de majeur peut changer en une seule ronde record.
Un triomphe net, des enseignements à confirmer
Fox gagne parce qu’il a produit les deux coups les plus décisifs au moment le plus risqué : une approche précise et un putt de birdie sur le trou le plus dur. Son 62 du samedi prouve aussi que la victoire ne repose pas sur un unique instant. Pourtant, il serait excessif d’en déduire qu’un nouveau dominateur du golf mondial vient de naître. Avant cette semaine, son meilleur résultat en majeur n’était pas un top 10, et quatre tournois restent un échantillon particulier face à une carrière entière.
Le résultat expose également la cruauté du classement pour Cameron Young. Son 64 du dimanche est la meilleure carte parmi les principaux prétendants et lui permet d’attendre longtemps en tête, mais son bogey au 18 puis le birdie de Fox le laissent à un coup. Burns, leader après 54 trous, finit à -8. Les noms les plus attendus ont eu leur chance sans verrouiller le tournoi, ce qui renforce la légitimité sportive du vainqueur plutôt que l’idée d’un cadeau.
La suite dira si cette semaine libère durablement Fox dans les majeurs ou demeure le sommet isolé d’une carrière déjà riche. Elle dira aussi comment Young absorbera un nouvel échec étroit. Mais l’essentiel est acquis : sur le dernier trou de la 154e édition, face au risque d’un bogey, Fox a choisi de jouer pour gagner. Le trophée a récompensé cette décision, pas seulement la trajectoire finale de la balle.
Sources
- The Open — compte rendu officiel de la victoire de Ryan Fox, 19 juillet 2026
- Associated Press — birdie final, carte de 68 et victoire d’un coup
- Associated Press — réactions en Nouvelle-Zélande et quatrième champion majeur
- The Guardian — récit indépendant de la dernière journée à Royal Birkdale
- PGA Tour — le 62 de Fox égale le record d’une ronde en majeur





