Logo WaYouKissWaYouKissBlog
Retour au blog
Santé & Médecine17 juillet 20269 min de lecture

Vaccins : 13,5 millions d’enfants oubliés, l’alerte mondiale

13,5 millions d’enfants n’ont reçu aucun vaccin en 2025. Le recul est réel, mais le nouveau bilan mondial révèle une autre fracture : des millions commencent leur parcours sans le terminer.

Une soignante prépare un vaccin devant une mère tenant son bébé dans une clinique mobile rurale
13,5 MEnfants zéro dose
110 MSérie DTC complète
57Pays en flambée

À retenir

  • 13,5 millions de nourrissons sont restés sans première dose DTC en 2025.
  • La couverture mondiale DTC atteint 90 % à la première dose et 85 % à la troisième.
  • La seconde dose contre la rougeole ne couvre que 77 % des enfants.
  • Seules 18 enquêtes nationales ont été soumises, contre 50 un an plus tôt.

13,5 millions d’enfants n’ont reçu aucun vaccin en 2025. Le recul est réel, mais le nouveau bilan mondial révèle une autre fracture : des millions commencent leur parcours sans le terminer. Publiées le 15 juillet par l’Organisation mondiale de la Santé et l’UNICEF, les estimations WUENIC montrent que 90 % des nourrissons, soit près de 116 millions, ont reçu une première dose contre la diphtérie, le tétanos et la coqueluche. Seulement 85 %, ou 110 millions, sont allés au bout des trois doses recommandées.

Cette différence n’est pas une abstraction statistique. Elle représente des enfants vus une première fois par un soignant, puis perdus entre une clinique trop lointaine, un conflit, une rupture de stock, un rendez-vous oublié ou une campagne de désinformation. Le monde a retiré près de 750 000 enfants de la catégorie dite « zéro dose » en un an, mais reste bloqué sous son niveau de 2019. Et pendant que le premier contact progresse, la rougeole trouve encore des brèches assez larges pour provoquer des flambées dans 57 pays.

01

Un progrès mondial qui masque une fuite après la première dose

Le vaccin DTC est utilisé comme thermomètre des systèmes de vaccination courante. Une première dose indique qu’un nourrisson a été atteint par le service de santé ; la troisième montre que ce service a réussi à maintenir le lien. En 2025, les deux couvertures ont gagné un point, à 90 % et 85 %. C’est mieux qu’en 2024, mais encore un point sous 2019 et dans une fourchette presque inchangée depuis 2009. Autrement dit, la reprise post-pandémie existe sans produire encore l’accélération nécessaire pour les objectifs de 2030.

Le décrochage apparaît plus nettement avec la rougeole. L’OMS et l’UNICEF estiment que 7,3 millions de nourrissons ont reçu une première dose DTC mais pas leur première dose contre la rougeole. À l’échelle mondiale, 84 % des enfants ont reçu la première dose antirougeoleuse et 77 % la seconde. Ces niveaux restent loin des 95 % requis pour empêcher durablement la circulation d’un virus extrêmement contagieux. Le résultat s’est déjà matérialisé : 57 pays ont signalé en 2025 des flambées importantes ou perturbatrices.

Le mot « hésitation » ne raconte donc qu’une partie de l’histoire. Une famille peut accepter la vaccination et manquer le rappel faute d’argent pour le trajet, de message de relance ou de centre ouvert. Au Cameroun, un reportage récent de l’Associated Press sur le vaccin antipaludique illustre cette mécanique : dans le programme pilote mené au Ghana, au Kenya et au Malawi, environ 80 % des enfants éligibles avaient reçu la première dose, contre 46 % la quatrième. Le calendrier lui-même devient une épreuve logistique.

Chronologie express

2019

Le point de référence

Avant la pandémie, la couverture mondiale DTC servait de base aux objectifs de rattrapage pour 2030.

15 juillet 2026

Le nouveau bilan paraît

L’OMS et l’UNICEF publient leurs estimations 2025 à partir des données transmises par 185 pays.

2026-2030

Le financement devient décisif

Gavi ouvre un nouveau cycle encore insuffisamment financé, alors que les programmes doivent consolider les rappels et la surveillance.

02

Les pays les plus pauvres signent pourtant une année record

Le tableau n’est pas uniformément sombre. Dans les 57 pays à revenu faible ou intermédiaire inférieur soutenus par Gavi, 73 millions d’enfants ont reçu en 2025 des vaccins financés avec l’appui de l’Alliance, un record. La couverture de la première dose DTC y est revenue à 88 %, son niveau de 2019. Trois quarts de ces pays ont maintenu ou amélioré leur couverture à trois doses, et leur nombre d’enfants zéro dose a baissé de 640 000. Cette seule baisse représente 85 % du progrès mondial.

Même certains terrains de conflit ont avancé. Dans un groupe de douze États fragiles, la couverture DTC complète a progressé en moyenne de cinq points pour atteindre 66 %. Le Soudan affiche une hausse estimée de 32 points, tandis que la Syrie recule de 13 points et que le Yémen, l’Afghanistan et Haïti perdent aussi du terrain. Ces écarts rappellent qu’une moyenne mondiale assemble des trajectoires radicalement opposées : une campagne peut gagner des villages dans un pays au moment où une guerre coupe les routes dans un autre.

D’autres vaccins élargissent le bénéfice. Gavi rapporte que 95 millions de filles de pays moins riches ont désormais été protégées contre le papillomavirus humain, dont 79 millions en trois ans, dépassant son objectif de 86 millions. Les vaccins contre le paludisme sont déployés dans 25 pays africains. Mais ces innovations augmentent aussi le nombre de rendez-vous, les besoins de chaîne du froid et la charge des soignants : chaque nouveau produit doit être intégré à un système capable de rappeler et retrouver les enfants.

03

Le prochain choc pourrait venir des budgets et des données

L’amélioration de 2025 regarde dans le rétroviseur. Elle ne mesure pas encore pleinement les réductions de financements internationaux annoncées depuis deux ans. Gavi précise que 2025 était la dernière année entièrement financée de son cycle précédent et que sa stratégie 2026-2030 ne l’est pas encore. Si les ressources manquent, les arbitrages toucheront les campagnes préventives, les stocks d’urgence, les nouveaux vaccins et les équipes capables d’aller au-devant des familles.

Un autre voyant clignote : seulement 18 enquêtes nationales de vaccination ont été réalisées et transmises pour cette édition, contre 50 en 2024 et 33 par an en moyenne entre 2015 et 2019. Les estimations WUENIC restent l’ensemble mondial le plus complet, fondé sur des données déclarées par 185 pays pour treize maladies, mais une surveillance moins dense rend les poches de sous-vaccination plus difficiles à repérer. Quand la mesure faiblit, une moyenne nationale rassurante peut cacher un district où l’immunité collective s’effondre.

Les agences demandent donc quatre réponses liées : renforcer les services dans les contextes fragiles, combattre les fausses informations, stabiliser les financements et reconstruire les systèmes de données. L’ordre compte peu, car ces leviers se soutiennent mutuellement. Une campagne sans confiance échoue ; une adhésion sans doses disponibles ne protège personne ; des stocks sans registre fiable laissent les enfants disparaître entre deux rendez-vous.

04

La bataille se jouera au deuxième rendez-vous, pas dans les moyennes

Le bilan 2025 raconte une victoire fragile : davantage d’enfants franchissent la porte d’une clinique, mais trop nombreux sont ceux que le système ne revoit pas. Pour les gouvernements et les bailleurs, le rendement le plus immédiat viendra moins d’une annonce spectaculaire que d’outils concrets : rendez-vous couplés aux consultations ordinaires, rappels simples, équipes mobiles, registres solides, transport accessible et stocks prévisibles.

À court terme, les données de rougeole fourniront le test le plus brutal. Une couverture de 84 % puis 77 % laisse le virus circuler bien avant que les objectifs de 2030 soient évalués. À moyen terme, le financement de Gavi et la capacité des pays à payer davantage détermineront si le recul des enfants zéro dose devient une tendance ou une parenthèse. Le chiffre à surveiller ne sera donc pas seulement celui de la première injection, mais celui des enfants effectivement protégés jusqu’au bout : le monde saura-t-il transformer un premier contact en promesse tenue ?

Sources

Analyse Critique

Le progrès est incontestable, mais il ne faut ni le minimiser ni le transformer en victoire acquise. Les 750 000 enfants zéro dose en moins montrent que les campagnes et les systèmes soutenus fonctionnent. La stagnation des rappels montre simultanément que l’accès initial n’est plus un indicateur suffisant de protection réelle.

Opportunités

  • Les pays soutenus par Gavi ont réduit de 640 000 leur nombre d’enfants zéro dose en un an.
  • Les registres, rappels et équipes mobiles peuvent réduire les abandons sans attendre un nouveau vaccin.
  • Le déploiement du HPV et du vaccin antipaludique permet de mutualiser les rendez-vous de prévention.

Risques

  • Une couverture antirougeoleuse sous 95 % entretient un risque immédiat de flambées.
  • Le cycle 2026-2030 de Gavi insuffisamment financé menace campagnes, stocks et nouveaux déploiements.
  • Conflits, transports coûteux et ruptures de service éloignent surtout les enfants déjà vulnérables.

Zones d’ombre

  • L’effet complet des réductions récentes de l’aide internationale n’apparaît pas encore dans les données 2025.
  • La chute du nombre d’enquêtes nationales peut masquer des écarts importants à l’intérieur des pays.
  • Les données agrégées ne séparent pas toujours clairement refus vaccinal et obstacles matériels au suivi.

Les gagnants potentiels sont les enfants des zones fragiles, si les financements se traduisent en services réguliers plutôt qu’en campagnes ponctuelles. Les perdants seraient précisément ceux que les statistiques voient le moins : familles mobiles, rurales ou prises dans les conflits. Le bilan ne démontre pas qu’une cause unique explique chaque abandon ; il impose une réponse combinant confiance, proximité, stocks et suivi. Sans cela, la baisse de 2025 restera une embellie comptable au lieu d’un tournant sanitaire.

Articles similaires