Après une dernière nuit de votes, la Knesset s’est vidée et Israël est entré en campagne. Vendredi 17 juillet, le Parlement a achevé sa législature après un marathon législatif, ouvrant la voie aux élections du 27 octobre. Ce scrutin sera le premier depuis les attaques du 7 octobre 2023 et les guerres qui ont suivi. Il place Benjamin Netanyahu devant un jugement national sur la sécurité, la conscription, l’économie de guerre et sa manière de remodeler les institutions.
La date n’est pas un simple rendez-vous de calendrier. Les Israéliens éliront les 120 membres de la 26e Knesset, mais aucun bulletin ne désigne directement le premier ministre. Tout se jouera ensuite dans la capacité d’un bloc à rassembler au moins 61 députés. Dans un système proportionnel où les coalitions sont la règle, quelques sièges obtenus par un petit parti peuvent décider du gouvernement. Après des textes de dernière minute sur l’exemption militaire des ultra-orthodoxes, les médias et le rôle de la procureure générale, la campagne commence avec une question explosive : quel équilibre Israël veut-il conserver entre pouvoir exécutif, justice, information et obligation de servir ?
Une législature rare s’achève dans la controverse
Le simple fait que la coalition soit arrivée au terme de quatre années est inhabituel. Selon l’Associated Press, aucun gouvernement israélien n’avait accompli un mandat complet depuis 1988. Entre 2019 et 2022, le pays avait organisé cinq élections, illustration d’une instabilité chronique. L’Israel Democracy Institute estime que les Israéliens votent en moyenne tous les 2,4 ans, l’un des intervalles les plus courts parmi les pays de l’OCDE. Cette fois, la longévité du cabinet Netanyahu est un argument pour ses partisans ; ses adversaires y voient quatre années ayant profondément tendu les institutions.
La fin de session a concentré ces fractures. L’AP rapporte l’adoption de deux textes suspendant de fait l’enrôlement des hommes ultra-orthodoxes, alors que la durée de la guerre a accru la pression sur les réservistes. D’autres mesures renforcent le contrôle gouvernemental sur l’audiovisuel et affaiblissent le rôle de la procureure générale, Gali Baharav-Miara, opposante constante à la refonte judiciaire. El País décrit une rafale de lois supprimant ou réduisant plusieurs contre-pouvoirs. La coalition présente ces changements comme une correction du poids d’institutions non élues ; l’opposition y voit une concentration du pouvoir.
Le président de la Knesset, Amir Ohana, a salué « un mandat de quatre ans » et des centaines de lois adoptées. Ce bilan officiel ne résout pourtant rien : les textes votés resteront au cœur du débat, tandis que les recours judiciaires et leur mise en œuvre peuvent prolonger le conflit institutionnel au-delà de la campagne.
Chronologie express
Le dernier marathon législatif
La coalition fait adopter des textes controversés sur les médias, la justice et la conscription.
La Knesset se dissout
La 25e législature clôt ses travaux et ouvre officiellement la campagne électorale.
Les électeurs tranchent
Le vote désignera 120 députés avant les négociations nécessaires à une majorité de 61 sièges.
La conscription devient la charnière de la coalition
Le service militaire des hommes ultra-orthodoxes n’est plus une querelle sectorielle. Pendant des décennies, de nombreux étudiants des écoles religieuses ont bénéficié d’exemptions. Mais la mobilisation prolongée depuis octobre 2023 a rendu le partage de l’effort beaucoup plus sensible. Des familles de réservistes demandent pourquoi certains enchaînent les périodes sous l’uniforme lorsque d’autres communautés restent dispensées. Les partis ultra-orthodoxes, eux, considèrent l’étude religieuse comme essentielle à leur identité et à la continuité de leur mode de vie.
Netanyahu a besoin de ces partis pour reconstruire une majorité. Les lois adoptées juste avant la dissolution leur offrent un signal politique clair, mais elles peuvent coûter des voix au Likoud parmi les électeurs attachés à une conscription plus égale. Voilà le piège : satisfaire les partenaires indispensables après l’élection peut fragiliser le parti principal avant le vote. L’opposition tentera de transformer cette contradiction en référendum sur l’équité civique.
La mécanique des 61 sièges amplifie cet enjeu. Un parti arrivé en tête ne gouverne pas automatiquement ; il doit assembler des formations dont les priorités divergent sur la religion, la sécurité, les territoires palestiniens et la justice. Les négociations postélectorales compteront donc presque autant que le résultat brut. Chaque promesse de campagne devra être relue comme une monnaie d’échange possible dans la coalition suivante.
Netanyahu affronte le premier verdict de l’après-7-Octobre
Benjamin Netanyahu aborde sa douzième campagne nationale après avoir dirigé Israël pendant 19 de ses 78 années d’existence, selon El País. Sa longévité reste son principal avantage : il sait polariser un scrutin autour de sa capacité à protéger le pays et à résister aux pressions étrangères. Mais cette élection sera aussi la première occasion nationale de sanctionner ou d’approuver sa conduite depuis la défaillance sécuritaire du 7 octobre 2023 et près de trois années de conflits à Gaza, au Liban et avec l’Iran.
L’Associated Press relève une progression des partis d’opposition emmenés notamment par l’ancien premier ministre Naftali Bennett et un ancien chef militaire centriste. Les sondages décrivent une dynamique, pas un résultat. Dans un paysage fragmenté, être le premier bloc ne garantit pas les 61 soutiens nécessaires. Les formations arabes israéliennes, les partis religieux et les mouvements nationalistes peuvent tous devenir décisifs, tandis que leurs incompatibilités rendent certaines coalitions arithmétiquement possibles mais politiquement improbables.
La campagne dépassera aussi les frontières. Le prochain gouvernement devra gérer la relation avec Washington, le sort de Gaza, les fronts régionaux et l’isolement diplomatique croissant dénoncé par l’opposition. Pourtant, une alternance ne signifierait pas automatiquement un renversement de toutes les politiques. Sur la sécurité, une large partie du spectre israélien s’est durcie depuis 2023. Le choix portera autant sur la méthode, les responsabilités et les limites du pouvoir que sur les objectifs militaires.
Cent jours pour départager stabilité et contre-pouvoirs
Pour les partisans de Netanyahu, avoir maintenu une coalition pendant quatre ans au milieu d’une guerre prouve une capacité de commandement que ses rivaux n’ont pas démontrée. Ils défendront aussi les réformes comme un rééquilibrage démocratique face aux juges, aux juristes et aux régulateurs. Pour ses opposants, les dernières lois illustrent au contraire le risque d’utiliser une majorité étroite pour placer médias et justice sous influence politique.
Le 27 octobre ne produira probablement pas une réponse instantanée. Une fois les 120 sièges répartis, commenceront les consultations et les marchandages. Une majorité claire pourrait accélérer la formation du cabinet ; un Parlement éclaté ferait ressurgir le spectre des scrutins à répétition. Les électeurs trancheront donc entre des listes, puis les chefs de parti traduiront ce choix en coalition. C’est dans cet intervalle que les engagements sur la conscription, la justice et les médias seront testés.
Cette dissolution clôt une législature, mais ouvre surtout une lutte sur les règles du pouvoir après la guerre. Le verdict dira si la longévité de Netanyahu apparaît comme une assurance ou comme un cycle à interrompre. Il dira aussi jusqu’où une majorité peut transformer les contre-pouvoirs en période d’urgence. Au soir du 27 octobre, la question la plus importante ne sera peut-être pas qui arrive en tête, mais qui peut réunir 61 sièges sans renoncer à ce qu’il vient de promettre.
Sources
- Associated Press — dissolution de la Knesset et élections du 27 octobre
- Reuters via Al Jazeera — Israël entre officiellement en campagne
- El País — les dernières lois sur les médias et la procureure générale
- Gouvernement israélien — Loi fondamentale relative à la Knesset
- Knesset — fiche officielle sur le scrutin et les 120 sièges





