Un pays entier vient de retirer les lévriers de la ligne de départ. Depuis le 1er août 2026, les courses commerciales de chiens sont interdites en Nouvelle-Zélande. Ce basculement n’est ni une promesse ni un moratoire : la deuxième partie du Racing Industry (Closure of Greyhound Racing Industry) Amendment Act est entrée en vigueur, effaçant le lévrier des codes de paris et de distribution du secteur. Après la dernière arrivée, l’enjeu a changé de nature. Il faut maintenant transformer des athlètes élevés pour poursuivre un leurre en animaux capables de vivre dans un foyer.
La SPCA estime qu’environ 1 300 chiens doivent encore être replacés, contre 1 700 envisagés auparavant. Une agence de transition reprend leur prise en charge, leurs soins, leur préparation à l’adoption et leur hébergement. En face, une industrie qui revendiquait plus de 1 000 emplois directs ou associés perd son activité. La Nouvelle-Zélande ouvre ainsi un laboratoire politique observé au-delà du Pacifique : comment fermer une pratique jugée trop dangereuse sans abandonner les animaux ni les personnes qui en dépendaient ?
Trois examens, puis une saison de trop
La décision n’est pas née d’un incident isolé. Le gouvernement a invoqué trois examens de l’industrie, menés en 2013, 2017 et 2021, qui avaient tous relevé des problèmes persistants de sécurité et de bien-être. Le secteur avait amélioré la traçabilité des chiens retraités et réduit certaines euthanasies, mais les blessures restaient, selon le ministre des Courses Winston Peters, à un niveau trop élevé. Pendant la saison 2024-2025, 16 lévriers sont morts ou ont été euthanasiés à la suite de blessures liées aux courses, soit 0,47 décès pour 1 000 départs selon les chiffres cités au Parlement.
L’annonce du 10 décembre 2024 avait déclenché deux horloges. La première accordait vingt mois à la filière pour cesser son activité. La seconde protégeait immédiatement les chiens : le Parlement avait adopté en urgence une interdiction de les tuer pour des raisons économiques, sauf nécessité vétérinaire. Cette précaution révélait la crainte centrale de l’État : qu’une fermeture destinée à protéger les animaux provoque, faute de débouchés, une vague d’euthanasies.
La fermeture est devenue loi en avril 2026. Elle dissout à terme Greyhound Racing New Zealand, transfère des actifs et des responsabilités à une structure de transition et retire au secteur l’accès aux distributions issues des paris. Le 1er août n’est donc pas seulement la fin des réunions sportives; c’est le démontage légal d’un modèle économique autrefois populaire.
Chronologie express
Le gouvernement tranche
Wellington annonce une sortie sur vingt mois et interdit les euthanasies économiques.
Le Parlement adopte la fermeture
La loi organise la fin du secteur et crée une agence chargée de la transition.
Les courses deviennent illégales
L’agence reprend la responsabilité des chiens transférés et de leur placement.
1 300 chiens changent de vie, pas seulement de chenil
Un lévrier de course ne devient pas automatiquement un chien de canapé lorsque la porte du chenil s’ouvre. Certains doivent découvrir les escaliers, les sols glissants, les petits animaux, les bruits domestiques ou la solitude. Ils ont besoin d’un bilan vétérinaire, parfois de soins dentaires, puis d’une évaluation comportementale et d’une famille préparée à leur vitesse comme à leur calme. À partir du 1er août, la Greyhound Racing Transition Agency assume ces missions pour les chiens dont les propriétaires lui transfèrent la garde, avec des organismes d’adoption établis.
Le nombre actuel de 1 300 animaux reste considérable, même s’il est inférieur aux 1 700 anticipés par Greyhound Racing New Zealand et très loin des 2 900 chiens évoqués lors de l’annonce initiale pour l’ensemble de la population concernée pendant la période de sortie. La différence s’explique par les placements déjà réalisés et par le périmètre des chiens restant à transférer. Elle ne garantit pas une transition rapide : chaque adoption mobilise de l’espace, du personnel, des soins et un suivi après placement.
La pression dépasse les frontières. Des dizaines de chiens ont déjà été envoyés vers l’Australie, où les courses demeurent légales dans plusieurs États. Ce débouché peut libérer des capacités néo-zélandaises, mais il soulève une question dérangeante : un animal exporté pour courir a-t-il réellement bénéficié de la réforme, ou le risque a-t-il simplement changé de juridiction ? La loi ferme les pistes nationales; elle ne résout pas à elle seule tous les parcours individuels.
Une victoire animale au coût humain très concret
Pour les défenseurs des animaux, l’entrée en vigueur marque un précédent. La SPCA décrit la course comme une industrie de paris qui exposait les chiens au danger, tandis que SAFE rappelle qu’une pétition de 2021 avait réuni 38 000 signatures. Le calendrier néo-zélandais a aussi accompagné un mouvement plus large : le pays rejoint une liste croissante de territoires ayant fermé les cynodromes, alors que le Pays de Galles et l’Écosse ont engagé leurs propres interdictions.
Les responsables de la filière opposent une autre histoire. Ils affirment que les progrès récents en matière de suivi, de sécurité et de placement n’ont pas été suffisamment reconnus. Ils soulignent surtout le choc pour les entraîneurs, éleveurs, employés de pistes, vétérinaires et prestataires. Plus de 1 000 emplois étaient considérés comme exposés au moment de l’annonce. Une activité estimée à 159 millions de dollars néo-zélandais par an ne disparaît pas sans pertes de revenus, actifs dévalorisés et reconversions difficiles, notamment dans les zones où les pistes structuraient un petit écosystème local.
Le Parlement a confié à TAB New Zealand le financement de la transition, mais la question du coût final demeure. Plus les adoptions prennent du temps, plus les dépenses d’hébergement et de soins augmentent. La protection animale, souvent présentée comme une évidence morale, devient ici une obligation budgétaire et administrative vérifiable.
Après la dernière course, l’obligation de résultat
Le gouvernement peut déjà revendiquer une décision nette : une date, une loi, une agence et un dispositif contre les euthanasies économiques. Mais la qualité d’une politique de fermeture se juge à ce qu’elle laisse derrière elle. Il faudra publier le nombre de chiens transférés, adoptés, réadmis après échec d’un placement, exportés et encore hébergés. Sans ces données, le succès risquerait d’être mesuré par l’absence de courses plutôt que par le devenir réel des animaux.
À court terme, les familles d’accueil et les associations constituent le goulot d’étranglement. À moyen terme, la Nouvelle-Zélande devra accompagner les travailleurs et décider comment réaffecter les actifs des clubs. À long terme, son expérience alimentera le débat dans les pays où les cynodromes fonctionnent encore. La ligne d’arrivée politique a été franchie; reste la question qui décidera de l’héritage de la réforme : chacun des 1 300 chiens trouvera-t-il une vie durable après la piste ?





