Près de 300 000 personnes meurent noyées chaque année : derrière ce bilan mondial se cache une catastrophe largement évitable, mais dispersée entre rivières, puits, bateaux, piscines et inondations. Le 23 juillet 2026 à Accra, à l’approche de la Journée mondiale du 25 juillet, l’Organisation mondiale de la santé a lancé PROTECT, un paquet de sept stratégies destiné à faire passer la prévention du conseil individuel à l’action publique. La cible est immense : la noyade demeure l’une des dix principales causes de décès chez les enfants de 5 à 14 ans.
L’annonce arrive au moment où chaleur extrême, baignades improvisées et crues rendent le risque plus visible. Mais l’OMS insiste sur une réalité moins médiatisée : plus de 90 % des décès surviennent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, souvent dans l’eau du quotidien plutôt que dans un décor de vacances. Barrières, secours, sécurité au travail et dans les transports, apprentissage de la nage, garde des jeunes enfants et préparation aux inondations composent la nouvelle feuille de route. Son efficacité dépendra toutefois d’une question beaucoup moins photogénique : qui paiera, contrôlera et maintiendra ces protections dans la durée ?
Sept protections pour couvrir toute la chaîne du risque
PROTECT rassemble sept domaines que les administrations traitent souvent séparément. Le premier concerne les infrastructures physiques : clôturer un puits, sécuriser une berge ou limiter l’accès d’un enfant à un bassin. Le deuxième renforce le sauvetage et la réanimation, aussi bien chez les témoins que chez les professionnels. Viennent ensuite la sécurité des métiers exercés près de l’eau et les normes du transport fluvial ou maritime, qui impliquent gilets, capacités maximales, entretien et contrôle.
Les trois derniers leviers ciblent l’exposition avant qu’un accident ne survienne. L’OMS recommande un enseignement de base de la nage et de la sécurité aquatique, des systèmes fiables de garde et de protection des jeunes enfants, puis une préparation aux inondations et aux urgences multiples. L’ensemble compte davantage que chaque mesure isolée : apprendre à nager ne remplace ni une barrière pour un tout-petit, ni un bateau sûr, ni une alerte de crue.
Le lancement au Ghana donne une échelle concrète au problème. L’OMS y estime environ 1 100 décès annuels, soit près de trois par jour, avec une forte exposition des enfants et des jeunes adultes. Le choix d’Accra traduit aussi l’ambition de faire remonter la noyade dans les priorités politiques africaines, alors que la région enregistre le taux de mortalité le plus élevé parmi les régions de l’OMS.
Chronologie express
L’ONU crée une journée mondiale
Le 25 juillet devient la Journée mondiale de prévention de la noyade.
Une stratégie mondiale est adoptée
L’alliance hébergée par l’OMS fixe notamment une baisse de 35 % des décès d’ici 2035.
Sept leviers deviennent opérationnels
À Accra, l’OMS publie le paquet PROTECT destiné aux gouvernements et aux communautés.
Le climat transforme un vieux danger en risque croissant
La noyade n’augmente pas mécaniquement avec chaque degré de température partout dans le monde. Les comportements, l’accès à des zones surveillées et la qualité des infrastructures modifient fortement le risque. Une étude nationale menée au Royaume-Uni sur 1 945 décès accidentels entre 2012 et 2019 a néanmoins observé une hausse de 7,2 % du risque pour chaque degré supplémentaire de température maximale quotidienne. Au-delà de 25 °C, le risque mesuré était presque cinq fois celui des journées sous 10 °C.
Ce résultat est une association statistique, pas la preuve qu’un degré tue directement. Il suggère surtout que la chaleur pousse davantage de personnes vers les rivières, lacs et côtes, parfois sans surveillance ou sans expérience de l’eau libre. Les tempêtes et les inondations ajoutent un autre mécanisme : elles exposent soudainement des habitants qui ne cherchaient pas à se baigner et peuvent neutraliser routes, communications et secours.
La France a déjà connu ce signal d’alerte. Santé publique France a compté 409 décès par noyade durant l’été 2025, soit 16 % de plus qu’en 2024, selon les chiffres rapportés par Le Monde. Ce rapprochement ne permet pas d’attribuer toute la hausse au climat, mais il renforce la logique de PROTECT : la prévention doit relier adaptation aux fortes chaleurs, urbanisme, surveillance des baignades et information du public.
Des solutions connues, un passage à l’échelle difficile
Le principal mérite du paquet est de ne pas présenter une invention miracle. Les mesures proposées sont concrètes et déjà testées : cours de natation adaptés aux enfants, garde communautaire, gilets, normes de transport, barrières et formation à la réanimation. Le taux mondial de mortalité par noyade a d’ailleurs reculé de 38 % depuis 2000, passant selon l’OMS de 6,1 à 3,8 décès pour 100 000 habitants. La prévention fonctionne donc, au moins lorsque les programmes atteignent les populations exposées.
Le passage à l’échelle reste le verrou. Une barrière mal entretenue, un gilet absent du bateau ou une formation inaccessible aux familles rurales peut annuler une politique affichée sur le papier. Les compétences sont aussi éclatées entre santé, école, transports, secours, collectivités et protection civile. Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, résume cette difficulté en affirmant que la prévention « n’est pas le travail d’un seul ministère ».
L’objectif international est une baisse de 35 % des décès d’ici 2035. Pour être crédible, il faudra des données nationales comparables, des budgets identifiables et des indicateurs plus précis qu’un nombre de campagnes de sensibilisation. Le suivi devrait mesurer les zones sécurisées, les enfants réellement formés, le port effectif des gilets, les délais de secours et les décès évités, en distinguant baignades, transports et catastrophes.
Le test commence après la journée mondiale
Une journée internationale attire l’attention ; elle ne construit ni clôture ni service de secours. Le vrai test de PROTECT commencera lorsque les États devront choisir leurs priorités locales. Une région de deltas misera sur la sécurité des bateaux et l’alerte aux crues ; une métropole touchée par les canicules renforcera les baignades surveillées ; une zone rurale protégera puits et réservoirs tout en organisant la garde des petits enfants.
La stratégie devra aussi éviter de transférer toute la responsabilité aux familles. Dire de surveiller constamment un enfant est juste, mais insuffisant lorsque les adultes travaillent près de l’eau, que la garde coûte trop cher ou qu’aucune barrière n’existe. À l’inverse, une norme publique sans appropriation communautaire risque d’être contournée. La combinaison entre équipements, règles, apprentissage et confiance locale est donc le cœur du dispositif.
Trois cent mille morts annuels donnent à la noyade l’échelle d’une crise sanitaire mondiale silencieuse. L’OMS fournit désormais une architecture en sept leviers et un objectif chiffré pour 2035. À court terme, son impact se mesurera moins au nombre de pays qui citent PROTECT qu’aux budgets votés et aux protections visibles au bord de l’eau. La question décisive est simple : les gouvernements traiteront-ils enfin ces décès évitables comme un indicateur de leurs infrastructures et non comme une fatalité ?
Sources
- OMS — lancement des sept stratégies PROTECT, 23 juillet 2026
- OMS — fiche mondiale sur la noyade et évolution depuis 2000
- Preventive Medicine — étude britannique sur température et noyade
- Associated Press — alerte des pédiatres sur les noyades d’enfants, 4 juillet 2026
- Le Monde — chaleur et noyades en France, 29 mai 2026





