Vingt des 21 cas confirmés en Grèce ont déjà touché le système nerveux central. Ce chiffre, publié alors que l’été européen entre seulement dans sa période la plus favorable aux moustiques, a poussé l’Organisation mondiale de la santé à lancer le 24 juillet 2026 un appel à la vigilance. Quatorze infections grecques ont été rapportées en une semaine, 13 patients restaient hospitalisés au 22 juillet et des transmissions locales sont aussi documentées en Italie, en Espagne, en Roumanie et en Macédoine du Nord.
Le signal est sérieux, mais il ne décrit ni une nouvelle pandémie ni un danger uniforme sur tout le continent. Pour la majorité de la population, l’OMS juge le risque faible. Le paradoxe du virus du Nil occidental est ailleurs : 70 % à 80 % des personnes infectées n’ont aucun symptôme, tandis qu’environ une sur 150 développe une atteinte grave du cerveau ou des méninges. Sans vaccin humain homologué ni antiviral spécifique, l’Europe doit gagner la bataille avant l’hôpital, en repérant les moustiques infectés, en supprimant leurs gîtes et en protégeant les personnes les plus vulnérables.
La courbe grecque change brutalement de pente
Le 22 juillet, l’Organisation nationale de santé publique grecque, l’EODY, comptabilisait 21 infections acquises localement depuis le début de la saison. Vingt patients présentaient une encéphalite, une méningite ou une paralysie flasque aiguë; un seul avait des manifestations légères. Aucun décès n’était alors rapporté, mais 13 personnes demeuraient hospitalisées. La hausse est rapide : 14 des 21 cas ont été ajoutés pendant la semaine précédente.
L’Italie présente de son côté la dispersion géographique la plus large. L’OMS recensait 21 cas dans 17 zones au 15 juillet. Deux cas locaux étaient également signalés en Espagne, deux en Roumanie et deux en Macédoine du Nord. Les calendriers de remontée n’étant pas identiques, additionner mécaniquement tous ces nombres donnerait une photographie imparfaite. L’ECDC, qui consolide les données officielles, comptait 34 cas acquis localement dans cinq pays au 15 juillet; l’actualisation grecque est intervenue ensuite.
La vitesse du changement compte davantage que le total brut. Le rapport mensuel ECDC-EFSA arrêté au 24 juin ne recensait que trois cas humains locaux, deux en Italie et un en Macédoine du Nord. En quelques semaines, le virus est devenu visible dans davantage de territoires au moment même où juillet à septembre constitue habituellement le cœur de la transmission européenne.
Chronologie express
Trois cas signalés
Le rapport mensuel ECDC-EFSA ne comptait encore que deux cas en Italie et un en Macédoine du Nord.
La Grèce accélère
Les autorités grecques totalisent 21 cas, dont 14 détectés pendant la seule semaine précédente.
L’OMS appelle à agir
L’OMS/Europe demande davantage de surveillance des moustiques et une meilleure information du public.
Du moustique à l’hôpital, une chaîne discrète
Le virus circule d’abord entre des oiseaux et des moustiques, principalement du genre Culex. Après avoir piqué un oiseau infecté, le moustique peut transmettre le virus à un humain ou à un cheval. L’être humain est généralement une impasse épidémiologique : aucune transmission par contact quotidien n’a été observée. Des contaminations par transfusion, greffe, grossesse ou allaitement ont été documentées, mais elles restent rares et justifient des mesures ciblées de sécurité sanitaire.
La plupart des personnes infectées ne ressentent rien. Lorsqu’ils apparaissent, les symptômes peuvent associer fièvre, maux de tête, fatigue, douleurs, nausées, vomissements, éruption ou ganglions. Les signes sévères — forte fièvre, raideur de nuque, désorientation, tremblements, convulsions, faiblesse, paralysie ou coma — imposent une prise en charge urgente. Le diagnostic repose sur des analyses recherchant des anticorps spécifiques ou l’ARN viral selon le moment de la maladie.
Il n’existe pas de vaccin autorisé pour l’humain ni de traitement antiviral spécifique. Les formes simples reçoivent un traitement symptomatique; les formes neurologiques nécessitent des soins de soutien à l’hôpital. Cette absence d’arme curative transforme chaque donnée de surveillance en outil d’action : localiser tôt une circulation virale permet d’alerter les soignants, d’adapter le dépistage des dons et de cibler la lutte antivectorielle.
La prévention se joue autour des maisons
L’OMS recommande des gestes très concrets : vêtements couvrants et clairs, répulsif appliqué selon sa notice, moustiquaires ou écrans aux fenêtres, et limitation des sorties à l’aube et au crépuscule lorsque les moustiques sont les plus actifs. Autour des logements, vider ou couvrir les récipients d’eau, nettoyer les contenants et éliminer les déchets réduit les sites de ponte. Ces mesures ne suppriment pas tout risque, mais elles coupent le cycle au plus près des habitants.
Le docteur Hans Kluge, directeur régional de l’OMS pour l’Europe, relie l’évolution du risque à des températures plus élevées et à des étés plus longs, qui offrent aux moustiques davantage de temps et de territoire pour transmettre. Ce mécanisme ne permet toutefois pas d’attribuer chaque cas individuel au changement climatique. La pluie, l’irrigation, les populations d’oiseaux, l’urbanisation et la qualité de la surveillance modifient aussi fortement le nombre de détections.
Les autorités doivent donc éviter deux erreurs symétriques. Une communication trop alarmiste ferait croire que chaque piqûre annonce une encéphalite; une communication trop rassurante ignorerait les personnes âgées ou immunodéprimées, plus exposées aux complications. Le bon message associe un risque individuel généralement faible à une responsabilité collective immédiate : surveiller, prévenir et consulter rapidement devant des signes neurologiques.
Le vrai test arrivera avant la fin de l’été
Les prochains rapports hebdomadaires de l’ECDC montreront si la hausse grecque reste concentrée ou annonce une progression plus diffuse. Il faudra suivre les nouvelles zones touchées, les hospitalisations, les décès éventuels et la part des formes neuro-invasives, sans comparer des chiffres arrêtés à des dates différentes. Les données animales et entomologiques seront tout aussi importantes : elles peuvent précéder les cas humains et guider les interventions locales.
Les gagnants d’une réaction rapide seront les collectivités capables de cibler leurs traitements, les services transfusionnels qui sécurisent les dons et les habitants qui reçoivent une information précise. Les perdants d’une surveillance inégale seront les territoires où le virus circule silencieusement jusqu’à l’apparition d’un cas neurologique. La lutte exige aussi des moyens durables : laboratoires, pièges, cartographie et équipes de terrain ne se déploient pas en quelques jours.
L’alerte du 24 juillet ne dit donc pas que l’Europe fait face à une épidémie hors de contrôle. Elle dit que la fenêtre de prévention est ouverte pendant que la saison accélère. Le bilan grec rend le danger visible; l’ampleur réelle de la circulation reste à mesurer. D’ici septembre, l’Europe saura-t-elle transformer ces premiers cas graves en surveillance précoce plutôt qu’en avertissement tardif ?
Sources
- OMS/Europe — alerte et recommandations sur le virus du Nil occidental, 24 juillet 2026
- ECDC — surveillance hebdomadaire européenne, données au 15 juillet 2026
- EODY — page officielle grecque de surveillance du virus du Nil occidental
- Euronews — 21 cas grecs et état de la circulation européenne, 23 juillet 2026
- Ethnos — bilan grec détaillé et 14 cas en une semaine, 23 juillet 2026
- ECDC-EFSA — rapport mensuel arrêté au 24 juin 2026





