8 786 300 électeurs, douze heures de vote et une règle sans raccourci : dépasser 50 % des suffrages valides pour conquérir la présidence. Jeudi 13 août, la Zambie organise des élections générales qui désigneront à la fois le chef de l’État, les députés et les responsables locaux. À quarante-huit heures du scrutin, le pays entre dans la phase où chaque incident, chaque retard et chaque déclaration peut peser autant que les derniers meetings.
L’enjeu dépasse Lusaka. La Zambie est l’un des producteurs de cuivre importants d’Afrique et son alternance pacifique de 2021 avait renforcé son image démocratique. Le président Hakainde Hichilema sollicite un nouveau mandat en mettant en avant la restructuration de la dette et le retour de réserves de change plus solides. Face à lui, une opposition recomposée cherche à transformer le coût de la vie et les frustrations sociales en vote sanction. Le verdict dira si le redressement macroéconomique est devenu une amélioration perceptible dans les foyers — et si les institutions peuvent produire un résultat accepté par les vainqueurs comme par les perdants.
Un scrutin national réglé à la minute près
La Commission électorale de Zambie fixe l’ouverture des bureaux à 6 heures et leur fermeture à 18 heures le 13 août. Son registre définitif recense exactement 8 786 300 électeurs. Ceux-ci ne votent pas seulement pour la présidence : les bulletins concernent également l’Assemblée nationale, les maires, les présidents de conseil et les conseillers. Cette superposition transforme chaque bureau en nœud logistique, avec plusieurs scrutins à expliquer, sécuriser puis dépouiller.
Pour la présidentielle, la règle officielle exige plus de 50 % des suffrages valides. Elle oblige les candidats à bâtir une coalition géographique assez large pour dépasser leurs bastions. Elle rend aussi la centralisation décisive : une avance locale spectaculaire ne suffit pas si elle n’est pas complétée ailleurs. Les agents des candidats peuvent observer le vote et le dépouillement, un dispositif essentiel pour confronter les procès-verbaux locaux aux totaux nationaux.
La campagne s’achève le 12 août à 18 heures, selon le calendrier électoral. Cette coupure doit ménager une transition entre persuasion et administration. En pratique, les autorités devront surveiller la circulation de fausses informations, les pressions de dernière minute et les contenus susceptibles d’enflammer des rivalités régionales. L’UNESCO a soutenu une initiative appelant médias, éditeurs et acteurs électoraux à une couverture équilibrée, signe que l’intégrité de l’information fait désormais partie de l’infrastructure du vote.
Chronologie express
Le registre est certifié
La Commission électorale arrête la liste à 8 786 300 électeurs.
Douze heures de scrutin
Les électeurs choisissent président, députés et responsables locaux entre 6 heures et 18 heures.
Le test de confiance
Dépouillement, centralisation et éventuels recours détermineront l’acceptation du verdict.
Hichilema défend un redressement encore contesté
Le président sortant présente son bilan comme celui d’un pays revenu de la crise. Lors de son investiture comme candidat, il a affirmé que 94 % de la dette avait été restructurée, que les réserves de change dépassaient 6,5 milliards de dollars et que plus de 11 milliards de dollars d’investissements miniers avaient été attirés. Ces chiffres viennent de la présidence et doivent être lus comme des arguments de campagne, non comme une évaluation indépendante de la prospérité ressentie.
C’est précisément la faille que l’opposition tente d’exploiter. Une restructuration de dette réduit la pression financière de l’État, mais elle ne fait pas immédiatement baisser le prix des aliments, le coût du transport ou la facture d’électricité. La bataille électorale oppose donc deux temporalités : celle des indicateurs nationaux qui se redressent et celle des ménages qui jugent leur situation au quotidien. Le cuivre, moteur des exportations, renforce encore cette tension entre richesse potentielle et bénéfices distribués.
Le duel n’est plus celui de 2021. Edgar Lungu, battu cette année-là, est mort en 2025 après avoir été déclaré inéligible par la Cour constitutionnelle. L’opposition s’est réorganisée autour de nouvelles figures, notamment Brian Mundubile. Cette recomposition réduit la pertinence des comparaisons mécaniques avec le précédent scrutin : les fidélités partisanes, les candidatures locales et la capacité de mobilisation peuvent déplacer l’équilibre sans reproduire l’ancien face-à-face.
La représentation change, mais pas d’un coup
Le scrutin intervient après des réformes destinées à élargir la représentation. Associated Press relevait au printemps que les femmes n’occupaient qu’environ 15 % des sièges au Parlement et qu’une loi avait réservé au moins vingt sièges aux femmes, tout en prévoyant une place accrue pour les jeunes et les personnes handicapées. L’objectif répond à un déficit mesurable, mais sa réussite dépendra de la sélection réelle des candidates et de leur capacité à exercer un mandat doté de pouvoir.
La campagne a aussi exposé des risques plus sombres. Des responsables et militantes ont dénoncé auprès d’AP des demandes présumées de faveurs sexuelles en échange d’investitures. Dix plaintes avaient été signalées par une responsable de l’administration chargée de l’égalité. Aucune accusation individuelle ne doit être transformée en culpabilité sans enquête, mais l’existence de mécanismes de signalement montre que l’accès à la compétition peut être faussé avant même l’ouverture des urnes.
Ainsi, l’élection ne mesure pas seulement la popularité de programmes. Elle teste qui peut se présenter, accéder aux médias, faire campagne sans intimidation et faire contrôler les résultats. Une journée calme ne suffira pas à elle seule : la qualité démocratique se lira dans toute la chaîne, depuis les candidatures jusqu’aux recours.
Le 13 août ouvrira une seconde bataille
À court terme, trois signaux compteront : l’ouverture effective des bureaux, la possibilité pour les électeurs présents à temps de voter et la publication de résultats traçables. Les 13 529 bureaux recensés dans les données électorales doivent transformer un registre national en opérations locales cohérentes. Une panne isolée peut être corrigée ; une série d’incidents mal documentés peut nourrir un récit de manipulation avant même les chiffres définitifs.
Ensuite viendra l’acceptation. La victoire à plus de 50 % doit être démontrée par des totaux vérifiables, tandis que les contestations éventuelles devront suivre des procédures compréhensibles et rapides. Les partis ont intérêt à conserver leurs copies de résultats et à distinguer une irrégularité prouvée d’une rumeur virale. Les médias, eux, devront résister à la tentation d’annoncer un vainqueur sur la base de fragments géographiques non représentatifs.
La Zambie arrive donc au scrutin avec un atout et une fragilité. Son histoire récente prouve qu’une alternance est possible ; son contexte économique et institutionnel rappelle qu’aucune confiance n’est acquise. Le 13 août choisira un pouvoir, mais les jours suivants diront si près de 8,8 millions d’inscrits reconnaissent dans le résultat une décision collective plutôt qu’un simple rapport de force.
Sources
- Commission électorale de Zambie — horaires, registre et candidats
- Commission électorale — activités du jour de vote et seuil présidentiel
- UNESCO — engagement des médias pour une couverture électorale éthique
- Associated Press — représentation des femmes et signalements de pressions
- Lusaka Times — certification du registre de 8 786 300 électeurs





